Des emplois verts pour les jeunes: ce qui marche et ce qu’il reste à faire

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Des emplois verts pour les jeunes: ce qui marche et ce qu’il reste à faire

Les jeunes des zones rurales se sentent de plus en plus concernés par les questions environnementales. Nombre d’entre eux travaillent dans des secteurs menacés par les changements climatiques, et ils sont bien conscients que leur domaine d’activité et les systèmes alimentaires dans lesquels ils s’inscrivent vont devoir plus que jamais devenir plus résilients et durables.

Dans ce contexte, la création d’emplois décents et "verts", qui contribuent à préserver ou à restaurer l’environnement, s’impose de plus en plus comme une solution à explorer. D’ailleurs, d’après certaines prévisions, l’adoption de pratiques de gestion durable pourrait générer jusqu'à 60 millions d’emplois agricoles.

Les points de vue des jeunes ruraux sur l’augmentation des emplois verts sont précieux. Conscients de cela, le FIDA et le Ministère néerlandais des affaires étrangères ont uni leurs forces et créé un forum de consultation à l'intention de cette population.

Lors d’une discussion organisée récemment, nous avons demandé aux participants, originaires de toute l’Afrique, ce qui, selon eux, était le plus important pour promouvoir la croissance d’emplois verts gratifiants dans les zones rurales. Leurs réponses mettent en lumière la diversité des obstacles auxquels ils se heurtent – et le fait qu’ils sont eux aussi d’avis que des solutions climatiquement rationnelles, des possibilités de partenariats public-privé-producteurs, l’apprentissage entre pairs et les plateformes numériques constituent la voie à suivre.

Aminu Ndakogi Kanko – Nigéria

Aminu est un jeune entrepreneur et agrégateur de paddy, collectant du riz auprès de petits agriculteurs pour le vendre à de plus gros acheteurs. Bien qu’il ait décidé de travailler dans l’agriculture, il est informaticien de formation et adopte la même approche technique dans son activité d’agroentrepreneur. Il a non seulement réorganisé l’ensemble du calendrier de culture pour la saison sèche en tirant judicieusement parti d'un système de pompe, mais il a également mis au point sa propre plateforme numérique pour vendre ses produits directement aux consommateurs.

Aminu estime que l’avènement d'une économie verte repose sur la participation des jeunes à tous les niveaux de l’élaboration des politiques. Il souhaiterait également que les jeunes ruraux se voient offrir davantage de possibilités de renforcer leurs capacités, et pense que la commercialisation numérique aidera les jeunes agriculteurs à bien vendre leurs produits.

Bourahima Diallo – Mali

Bourahima est président du Réseau de financement des jeunes ruraux et membre de l’Association des éleveurs et engraisseurs de la commune de Naréna. Dans son exploitation, il fait face aux changements climatiques et à la dégradation des sols en recourant à des techniques agricoles climatiquement rationnelles: il utilise uniquement comme engrais organique le fumier provenant de ses vaches et encourage l'utilisation de semences à fort rendement résistantes aux aléas climatiques.

Bourahima est d’avis que les partenariats public-privé-producteurs sont un facteur clé qui permettra aux emplois verts de se multiplier. Il souhaite que davantage d’acteurs publics – comme les cantines scolaires et les institutions publiques – achètent directement auprès d’entreprises agricoles dirigées par des jeunes.

Elly Matende – Kenya

Elly est producteur laitier et propriétaire de l’exploitation familiale Matende Holstein, qui pratique l’agriculture biologique. Il forme également d’autres jeunes, travaillant déjà dans le secteur agricole ou envisageant de le faire, à différents aspects de la production laitière, leur apprenant notamment à intégrer des pratiques d’agriculture biologique et à rendre leurs activités agricoles plus durables. Pour Elly, ce type de partage des compétences est indispensable si l’on veut bâtir une économie verte.

“Je pense qu'il importe d’encourager les activités de renforcement des capacités entre pairs qui, en plus de doter chacun des compétences adéquates, aideraient également les jeunes générations à voir les emplois verts différemment”, a-t-il dit. 

Ali Hawau – Cameroun

Ali est éleveuse de poulets de chair, dont elle fait la publicité et qu’elle vend sur diverses plateformes numériques. Elle utilise les excréments de ses poulets pour jardiner, pratique biologique qui lui permet de tirer parti des synergies entre culture et élevage en mettant à profit les déchets. Elle estime que ce genre de pratiques agroécologiques, qui favorise la diversification des cultures et réduit les besoins en intrants externes, devrait être généralisé.

En outre, Ali est préoccupée par le manque de liens entre agriculteurs et marchés. D’après elle, le manque de routes en particulier est une source majeure de nombreux problèmes pour les zones rurales, de la perte de denrées périssables à une tendance migratoire chez les jeunes, qui partent vers les zones urbaines en quête de travail.

“De bonnes routes faciliteraient le transport des denrées alimentaires et réduiraient les pertes après récolte”, a-t-elle dit. “Elles contribueraient également à limiter l’exode des jeunes.”  

Henry Fordi – Ghana

Henry est producteur biologique. Il dirige également le projet Guzakuza, dont l’équipe forme des jeunes femmes, des étudiants et de jeunes agriculteurs à l’importance de l’agriculture biologique, et les aide à lancer ou à faire grandir leur entreprise agricole durable. Henry fait preuve du même sens des affaires quant à la création d’emplois verts. Il souhaiterait que soient mis en place “des programmes de mentorat qui donnent aux jeunes les compétences entrepreneuriales requises et les accompagnent tout au long du développement de leur entreprise”.

John Kiwagalo – Ouganda

John coordonne la Food Academy du Réseau ougandais des jeunes de Slow Food, dans le cadre de laquelle il forme de jeunes agriculteurs aux pratiques agroécologiques. Il est également éleveur porcin et cultivateur. Dans son travail, il a pu observer qu’une grande partie des récoltes viables étaient perdues en raison de la saturation des marchés, et pense donc que les investissements dans des technologies qui réduisent le gaspillage alimentaire seront essentiels dans les années à venir. Pour lui, la numérisation des emplois verts aiderait également à rendre ceux-ci plus attractifs aux yeux des futurs actifs.

Kone Zie Daouda – Côte d'Ivoire

Kone fait partie du Climate Smart Agriculture Youth Network, dans le cadre duquel il aide des jeunes – qui débutent dans le secteur agricole ou le connaissent déjà – à améliorer leurs connaissances agricoles et leurs compétences en matière d’études de marché et à établir leur propre réseau. Kone est d’avis que les forums numériques sont des espaces de rencontre pour les jeunes ruraux. Il espère que les innovations technologiques faciliteront la création de liens entre ces jeunes et que les forums encourageront ces derniers à devenir des participants plus actifs. Il espère également que les partenaires de développement, tels que les pouvoirs publics et les organisations non gouvernementales, collaboreront davantage avec les jeunes qui travaillent dans le secteur agricole.

Associer durabilité et rentabilité, la nouvelle voie à suivre

Après avoir entendu tous les participants au dialogue, l’Ambassadeur pour la jeunesse, l’éducation et l’emploi au Ministère néerlandais des affaires étrangères a souligné que les jeunes ne devraient pas être découragés lorsqu’ils décident de lancer leur propre entreprise. Les coûts de démarrage sont souvent élevés, ce qui peut intimider les jeunes qui espéraient obtenir rapidement des profits, et des gains ne sont généralement obtenus que sur le long terme. En outre, bien que le secteur de l’agriculture verte jouisse d'un potentiel énorme, il ne faut pas perdre de vue la rentabilité.

L’Ambassadeur a néanmoins conclu en disant que les jeunes ruraux – comme ceux qui ont participé au dialogue et de nombreux autres – ont montré qu'il était possible pour une entreprise agricole d’être à la fois durable et rentable.

Le FIDA est également conscient que durabilité et rentabilité peuvent aller de pair et que les jeunes ruraux jouent un rôle moteur dans l’avènement d'une économie verte. Comme pour de nombreux participants au dialogue, la collaboration avec le secteur privé est également une priorité de premier ordre pour le Fonds. Celui-ci a déjà commencé à mettre en place de nouveaux outils et de nouvelles politiques pour renforcer sa coopération avec le secteur privé afin d’encourager la création de possibilités d’emploi pour les jeunes ruraux et la construction d’un avenir durable.

 

Le présent article a été rédigé à l’occasion du Forum virtuel "Youth at Heart", forum en ligne visant à faire participer les jeunes ruraux à l’économie verte.