La gestion de données. Une question de première importance pour les communautés pastorales

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La gestion de données. Une question de première importance pour les communautés pastorales

Dans le monde, de 200 à 500 millions de pasteurs gèrent des terres de parcours dont la superficie totale couvre plus d'un tiers des terres émergées de la planète. La plupart d'entre eux produisent de la nourriture dans les terres arides, les zones montagneuses et les régions froides du globe – où aucune culture ne pourrait prospérer – en utilisant la mobilité stratégique comme un outil d'atténuation des risques et d'adaptation aux variations climatiques. En Afrique subsaharienne, les moyens d'existence d'environ 300 millions de personnes dépendent du pastoralisme et de l'agropastoralisme, et en Asie du Sud on estime que 600 millions de personnes dépendent de l'élevage. Pourtant, et malgré les importantes contributions du pastoralisme aux revenus des ménages et au PIB de nombreux pays, on manque de données fiables sur sa production.

Au fil des années, les gouvernements ont souvent négligé d'investir dans les terres de parcours, ou d'assurer des services publics et une sécurité de jouissance du sol. Le secteur privé, pour sa part, n'a pas toujours été enclin à investir. Les investisseurs méconnaissent les contributions des pasteurs aux économies territoriale, régionale et nationale, et en outre ces communautés demeurent mal comprises, négligées et maintenues à l'écart des décisions qui les affectent.

L'importance de systèmes efficaces de collecte des données revêt une évidence particulière durant des crises comme la pandémie de COVID-19 et les catastrophes naturelles. Les effets de la COVID-19 sur le secteur de l'élevage, par exemple, ne sont pas encore, dans une large mesure, bien quantifiés, et pas encore pleinement ressentis. Bien qu'aucune évaluation formelle n'ait été réalisée, les observations de la FAO font déjà apparaître de sévères perturbations dans les filières de l'élevage, avec une limitation accrue des mouvements, débouchant sur des conflits relatifs à l'utilisation des ressources naturelles. La disponibilité de données fiables faciliterait non seulement une mobilisation rapide de l'assistance, mais également une utilisation plus efficace des ressources fournies à titre de secours.

En 2016, lors d'une session spéciale du Forum paysan avec les pastoralistes et les éleveurs de bétail, le FIDA avait été invité à renforcer les capacités institutionnelles et la gouvernance des organisations (de pasteurs) afin d'améliorer les systèmes de collecte des données, d'appuyer l'accès au partage de savoirs et d'expériences, et de faire entendre davantage la voix des pasteurs dans les processus d'élaboration des politiques. En conséquence, un Système de gestion de données axé sur les besoins des éleveurs pastoraux, financé par le FIDA, a été mis en œuvre en Argentine, en Mongolie et au Tchad, par l'intermédiaire de la Plateforme des connaissances pastorales de la FAO, en partenariat avec le Centre français de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (CIRAD) et avec trois organisations de pasteurs, une dans chacun des pays d'exécution.

L'objectif était de renforcer les capacités des organisations de la société civile en matière de collecte et d'analyse des données pastorales et de gestion de l'information pour faciliter, sur le plan des politiques, la prise de décisions fondées sur des éléments concrets.

Le projet, qui contribue aux ODD 1 (Pas de pauvreté), 13 (Mesures relatives à la lutte contre les changements climatiques), 15 (Vie terrestre) et 17 (Partenariats pour la réalisation des objectifs), partait de l'idée selon laquelle les associations de pasteurs pourraient se charger de la collecte, de la gestion et du partage des données au sein de leurs propres communautés. Deux enquêtes ont été réalisées dans une étape préliminaire: la première a mis l'accent sur le recensement et la description de la population de pasteurs dans chacun des trois pays, tandis que la seconde prenait la forme d'une évaluation approfondie de chacune des économies pastorales et de sa contribution à l'économie nationale.

Pour ces enquêtes, les données ont été recueillies entre juin 2018 et septembre 2019. La collecte s'est effectuée, dans toute la mesure du possible, au moyen de tablettes (ou sur papier là où les connexions internet étaient médiocres) et acheminées vers le serveur Open Foris au siège de la FAO à Rome. Il a été possible, grâce à ce processus, de suivre au jour le jour la collecte des informations et d'y apporter des ajustements en fonction des besoins. C'est au CIRAD qu'il incombait d'extraire l'information requise pour l'analyse, et d'en garantir l'exactitude et l'intégrité.

Les informations issues de ce projet ont été utilisées depuis la fin 2019 à l'appui du plaidoyer national et international en faveur de politiques mieux ciblées appuyant, entre autres, les contributions concrètes du pastoralisme à l'économie sectorielle et nationale.

Le projet a démontré que, avec une formation adéquate, les organisations de pasteurs sont capables de gérer de manière autonome la collecte, l'analyse et la distribution de données fiables et précises sur leurs propres communautés. La collecte et la gestion adéquates des données nous permettent de comprendre les contributions des communautés de pasteurs aussi bien à la richesse des ménages qu'à l'économie nationale. Cela inclut la valeur générée par les pasteurs pour leur propre consommation, souvent négligée au niveau national.

Ces données apportent aussi un éclairage sur les problèmes auxquels sont confrontés les pasteurs, et notamment les fortes inégalités dans l'accès aux ressources productives telles que la terre, l'infrastructure et les services sociaux de base. Elles mettent également en lumière la résilience des communautés pastorales. Bien que ces communautés opèrent dans des environnements exposés aux chocs, elles n'en parviennent pas moins à en tirer parti en utilisant de manière stratégique toutes les ressources dont elles disposent: mobilité, main-d'œuvre familiale, vente d'actifs, etc.

Les organisations de pasteurs peuvent mobiliser les données nouvelles devenues disponibles afin de plaider en faveur de leur reconnaissance, aux niveaux national et international, et d'accroître leur collaboration avec les autorités nationales et les instituts de recherche. Grâce à la mise en place d'un Observatoire socioéconomique et environnemental du pastoralisme (ou de l'agropastoralisme), on élaborera un outil de génération et de visualisation des données afin de poursuivre la diffusion de savoirs sur ce thème.

Le projet de Système de gestion de données axé sur les besoins des éleveurs pastoraux combinait deux éléments: une initiative mondiale de caractère comparatif, et des méthodologies locales et spécifiques au contexte. Il a montré la pertinence d'une collaboration simultanée avec différents pays pour obtenir une large vue d'ensemble des tendances et des phénomènes, tout en adaptant, dans le même temps, les méthodes, la logistique et les incitations aux contextes spécifiques.

Il reste encore un long chemin à parcourir avant que l'on comprenne totalement les contributions du pastoralisme. Dans les pays où cette initiative a été appliquée, il faut encore poursuivre le plaidoyer et l'analyse des données – concernant, par exemple, les tendances sexospécifiques. Pour atteindre ces objectifs, il convient de mettre en œuvre une approche filière détaillée, et d'élaborer de nouveaux outils et de nouvelles approches pour aborder le caractère multifonctionnel du pastoralisme.