La radio à la rescousse des agriculteurs népalais

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La radio à la rescousse des agriculteurs népalais

En mars dernier, alors que le Népal imposait des mesures de confinement pour lutter contre la COVID-19, Sarbaraj Bhandari a pris conscience des difficultés qui l’attendaient. Éleveur de chèvres, il était en train de moderniser et d’exploiter son entreprise grâce aux services de vulgarisation et à l’appui technique offerts aux agriculteurs participant au Programme de développement du secteur agricole (PDSA), dirigé par le Ministère du développement agricole et de l’élevage et appuyé par le FIDA. Comme des milliers d’autres exploitants agricoles, il a été privé de ces services, interrompus en raison des restrictions relatives à la circulation des biens et des personnes, ce qui a bouleversé ses projets.

Dès l’annonce du confinement, l’équipe du PDSA a entrepris d’évaluer les incidences de la pandémie sur les conditions de vie et les moyens d’existence des populations rurales dans la province de Karnali, au Népal, où le programme est exécuté. Les membres de l’équipe, conscients des répercussions de la crise sur la production agricole, les récoltes, l’approvisionnement en intrants et en nourriture, ont voulu agir rapidement afin d’épauler au mieux les communautés rurales.

C’est ainsi qu’ils ont pu constater l’interruption des services de conseil dont des exploitants comme Sarbaraj avaient un cruel besoin. Les activités de formation et d’échange de savoirs se sont presque totalement arrêtées sous l’effet des mesures strictes de restriction à la circulation et de distanciation physique limitant les interactions entre les personnes. Les agriculteurs se sont ainsi retrouvés privés des conseils fournis par les responsables chargés des services de vulgarisation, les experts, les agents d’assurance, les négociants et d’autres prestataires.

La radio est alors apparue comme une solution au problème. La plupart des ménages ruraux possèdent un poste de radio et beaucoup captent la FM. Dès la première semaine de mai 2020, trois stations de radio FM locales – Sanobheri FM, Sanopaila FM et Dhrubatara FM – ont commencé à diffuser une émission de 30 minutes deux fois par semaine, avec le concours des autorités locales, pour combler ce manque. L’émission, diffusée tôt le matin ou tard le soir, au moment où les exploitants sont susceptibles d’être chez eux et d’écouter la radio, abordait différents sujets: services de conseil, entretiens avec des experts, échanges entre agriculteurs, informations actualisées sur les politiques, les plans et les activités des autorités locales, programmes municipaux et provinciaux, et messages techniques. Les informations portaient notamment sur les bonnes pratiques agricoles, la gestion des parasites et des maladies, les invasions de criquets, la gestion de l’approvisionnement en intrants, la facilitation de l’accès aux marchés, les assurances et la gestion des coopératives.

Sarbaraj, informé de cette émission par le personnel du PDSA, a commencé à la suivre. Il a ainsi pu adopter de nouvelles pratiques de gestion des chèvreries, mais aussi se familiariser avec de nouvelles méthodes et solutions techniques. “J’ai commencé à intercaler mes cultures de gingembre et de légumineuses avec le maïs après en avoir entendu parler dans l’émission. J’ai ainsi pu améliorer la productivité de ma récolte de maïs tout en tirant des revenus supplémentaires de la vente de mon gingembre”, préscise-t-il.

Narendra Rana, un agriculteur de Rukum, a expliqué qu’il avait combattu efficacement une infestation de chenilles légionnaires d’automne grâce aux méthodes présentées par les experts participant à l’émission. Il est également venu à bout des infestations de criquets en adoptant des méthodes locales abordées dans l’émission, notamment celle consistant à créer du bruit. Narendra a également été informé de la possibilité de produire des oignons et d’autres légumes hors saison pour compenser les déficits d’approvisionnement. “Je possède une pépinière. Dès que j’ai appris que des agriculteurs cherchaient des pousses d’oignons, j’ai commencé à augmenter ma production pour leur en fournir. La demande a été si forte que je n’ai pas pu y répondre complètement.” Narendra a été invité à participer à l’émission pour faire part de son expérience.

Sarbaraj et Narendra comptent parmi les plus de 15 000 agriculteurs qui, selon les estimations, ont suivi cette émission. Les épisodes, enregistrés à l’avance, donnaient également l’occasion aux agriculteurs de dialoguer avec des experts. Il était possible d’appeler la station de radio à tout moment pour soumettre des questions aux experts, lesquels y répondaient ensuite au cours de l’émission.

Celle-ci a également rencontré un franc succès auprès d’autres auditeurs. Selon Dev Kumar Oli, animateur de l’émission sur Sanobheri FM, la réussite de cette initiative et le nombre d’appels reçus de la part d’agriculteurs ont été tels que la municipalité a demandé à la station de traiter régulièrement de questions touchant l’agriculture dans son émission d’information locale. Mohan Budhathoki, employé d’une compagnie d’assurances, a été invité à parler des avantages liés à la souscription d’une assurance couvrant les cultures et le bétail, notamment grâce aux subventions accordées par les autorités népalaises. Le nombre d’agriculteurs qu’il a ainsi pu toucher a été si élevé qu’il a recommandé à sa société de produire une émission de radio similaire.

Cette expérience montre que, dans de nombreuses régions du monde, la radio reste un outil indispensable pour communiquer et échanger des informations, en particulier lorsque l’appui des services de vulgarisation en milieu rural diminue. La radio est une source d’information particulièrement efficace et fiable en période de crise, comme pendant la pandémie de COVID-19, lorsque la confiance vient à manquer.