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Lutter contre les incendies en aménageant des rizières en Sierra Leone

07 avril 2021
© FIDA/Oliver Mundy

En Sierra Leone, les agriculteurs sont passés de la culture sur brûlis à la riziculture dans les marais des vallées intérieures. Avec à la clé une diminution du nombre d’incendies de forêt, comme le montre une étude fondée sur les systèmes d’information géographique.

Grâce au Programme d’appui à la commercialisation de la production paysanne, appuyé par le FIDA, près de 150 groupes d’agriculteurs de la Sierra Leone ont pu améliorer leurs pratiques de riziculture dans les zones humides. Dans le cadre du programme, des systèmes d’irrigation peu coûteux ont été installés dans les marais des vallées, grâce à la création de canaux et de digues qui permettent aux agriculteurs de canaliser et de détourner l’eau en fonction des besoins, et d’éviter que les semis de riz ne soient emportés par les eaux lors de fortes précipitations.

Ainsi, le riz et d’autres plantes peuvent être cultivés trois fois par an au lieu d’une seule. Ces rendements plus élevés accroissent les revenus et la sécurité alimentaire des agriculteurs.

L’amélioration de la culture du riz en zone humide dans les vallées procure un autre avantage inattendu. Il ressort d’une nouvelle étude que la construction de rizières réduit le nombre d’incendies de forêt dans les zones environnantes.

De nombreux agriculteurs participant au programme délaissent désormais la culture sur brûlis au profit de la riziculture en zone humide. La culture sur brûlis consiste à défricher une parcelle de terre dans la forêt, généralement en la brûlant, pour y planter du riz et d’autres cultures. Les agriculteurs cultivent les terres ainsi obtenues pendant plusieurs années jusqu’à ce que la fertilité du sol soit moindre, puis se déplacent vers une autre zone. Cette pratique présente plusieurs inconvénients: les rendements des cultures sont souvent faibles et les dégâts environnementaux sont importants.

Images montrant la diminution du nombre d’incendies par an autour des marais observés entre 2012 (à gauche) et 2018 (à droite)

Le personnel du FIDA avait été informé par le personnel local du programme et par les agriculteurs eux-mêmes que les producteurs locaux se tournaient vers la culture en zone humide plutôt que sur brûlis. Il avait alors été décidé, lors de la mission finale du projet en 2019, de se renseigner davantage sur ce phénomène. Les membres du personnel du FIDA chargés d’un projet consistant à intégrer les systèmes d’information géographique (SIG) aux activités de suivi du Fonds ont indiqué que les changements de pratiques opérés par ces agriculteurs pourraient être suffisamment importants pour pouvoir être visibles depuis l’espace.

Ils avaient raison.

Grâce aux coordonnées précises des zones concernées, relevées par le personnel du programme, l’équipe du FIDA chargée du suivi-évaluation fondé sur l’observation de la Terre (GeoM&E) a pu comparer les marais aménagés dans le cadre du programme avec les autres marais et ont recoupé leurs données avec celles provenant du Système d’information sur les incendies pour la gestion des ressources de la NASA.

Ils ont ainsi constaté qu’il y avait eu en moyenne 2,8 incendies de moins par an dans un rayon de 10 kilomètres autour des rizières aménagées dans le cadre du programme, soit une réduction de plus de 60% pendant la durée du projet.

Cette image montre les emplacements des incendies (points violets et bleus) en regard d’un marais aménagé dans le cadre du programme (en blanc). On constate que deux incendies ont eu lieu dans un rayon de 2 kilomètres autour de ce marais

Il ressort des analyses SIG et économétriques qu’il y a eu en moyenne 1,0 incendie de moins dans un rayon de 5 kilomètres et 0,3 incendie de moins dans un rayon de 2 kilomètres. Ces valeurs sont restées les mêmes après la prise en compte d’autres facteurs sources de confusion potentiels, comme les précipitations, les températures, le degré d’inclinaison des pentes et l’infrastructure routière. Tous les résultats avaient une valeur-p de 0,001, ce qui signifie qu’ils étaient statistiquement probants (c’est-à-dire qu’il était extrêmement improbable qu’ils soient le fruit du hasard).

Ces analyses ont été rendues possibles grâce au relevé minutieux des coordonnées GPS des marais qui a été réalisé par le personnel local du programme dans le cadre de ses activités de planification, de suivi et de compte rendu. Au total, plus de 3 281 hectares de marais ont été cartographiés, dont 1 411 hectares avaient été aménagés.

Un membre du personnel du programme relève les coordonnées GPS d’une rizière. © Smallholder Commercialization

Les responsables du programme ne s’attendaient pas à ce que l’aménagement des marais entraîne une diminution du nombre d’incendies. Les résultats montrent que l’aménagement des vallées, tel qu’il a été réalisé dans le cadre du programme, profite à la fois aux agriculteurs et à l’environnement. Il a donc été proposé de reproduire ce modèle d’aménagement des vallées ailleurs en Sierra Leone. Des travaux préliminaires sont d’ores et déjà en cours dans le cadre d’un nouveau projet appuyé par le FIDA dans le pays.

Les résultats de l’étude SIG confirment également que le relevé et le suivi des coordonnées GPS relatives aux activités de projet constituent un outil de gestion utile et permettent d’obtenir de nouvelles informations en comparant les sites des projets avec des ensembles de données externes.

Remerciements

La présente étude a été financée par le programme Innovation Challenge (Défi de l’innovation) du FIDA. Les auteurs tiennent à remercier Abu Bakar Sidique Bangura, responsable SIG, et les autres membres de l’équipe du Programme d’appui à la commercialisation de la production paysanne d’avoir contribué aux données présentées ici.

Suivre un webinaire organisé sur le sujet ici

Découvrez l’action du FIDA en Sierra Leone