Pionniers du développement dans les régions rurales d’Ouzbékistan

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Pionniers du développement dans les régions rurales d’Ouzbékistan

© Robin St@cinematicgraphics

Il n’est jamais facile de repartir à zéro, ni pour un individu ni pour une nation tout entière. Pour autant, l’Ouzbékistan a fait des progrès incroyables ces dernières années sur le plan économique. Après sa transition vers une économie de marché, sa croissance annuelle a été de 8% en moyenne au cours des dix dernières années. Cette croissance rapide a stimulé le développement du pays, jusque dans les régions historiquement les plus pauvres, comme celle de Surkhandarya.

Cette région située dans le sud-est du pays se distingue des autres régions de l’Ouzbékistan par ses conditions climatiques particulièrement favorables et ses sols fertiles. C’est donc sans surprise que l’agriculture y occupe une place centrale, représentant pas moins de 40% du produit régional brut et employant près de 37% de la population. La culture du coton et du blé y est historiquement prédominante, mais la région se prête également bien à l’horticulture (culture de fruits et de légumes), comme en atteste le grand nombre de vergers, de vignobles et de pâturages qui s’y trouvent.

Pourtant, les deux tiers de la production agricole du Surkhandarya proviennent de petites parcelles familiales. Ces exploitations, appelées dehkan, ont été initialement créées par les autorités ouzbèkes en vue d’améliorer la sécurité alimentaire: les agriculteurs pouvaient cultiver pour leur propre consommation et vendre le surplus sur les marchés locaux. Au fil des ans, ces exploitations sont devenues une source importante de nourriture et de revenus pour les communautés rurales de la région. Toutefois, malgré des conditions de culture favorables, les agriculteurs dehkan font face à plusieurs difficultés que rencontrent tous les petits exploitants dans le monde: faible rendement des cultures, accès limité aux technologies agricoles et aux prêts et faibles débouchés, autant de facteurs qui poussent souvent les populations rurales à migrer vers les villes du pays ou à l’étranger en quête de travail.

L’adhésion de l’Ouzbékistan au FIDA en février 2011 a été suivie de la mise en œuvre du Projet d’appui à l’horticulture (également désigné par son acronyme anglais HSP), la première initiative internationale de développement rural lancée dans le pays. Au vu des conditions climatiques optimales de la région de Surkhandarya, des projets de cette nature peuvent grandement contribuer à y accroître la production. Depuis 2012, le Projet d’appui à l’horticulture contribue au développement du secteur horticole de la région afin d’améliorer les moyens d’existence des agriculteurs en milieu rural. Les activités menées dans le cadre du projet ouvrent des débouchés à de nombreux types d’agroentreprises, allant des parcelles familiales dehkan aux petits prestataires de services horticoles. En voici trois exemples.

Création d’une entreprise familiale

Pour Gulbar Yuldasheva et sa famille, cultiver le dehkan était une simple activité familiale. Sa mère avait toujours souhaité créer sa propre entreprise, mais l’argent manquait. Grâce au Projet d’appui à l’horticulture, ils ont pu, comme de nombreuses autres familles de la région, solliciter un prêt financé par le FIDA pour transformer leur dehkan en une petite entreprise.

La famille de Gulbar a alors utilisé ce prêt pour construire une serre sur un terrain inutilisé qu’ils possédaient dans le district de Djarkurgan. Très vite, la production a dépassé leurs attentes. Gulbar et sa famille dirigent désormais une activité florissante. Ils récoltent chaque année jusqu’à 60 kilogrammes de concombres et de tomates par mètre carré de terrain – de quoi embaucher quatre personnes de leur village.

« Grâce à ce prêt, ma mère a également pu ouvrir sa propre boutique de tissus au marché », explique Gulbar. « Mais nous ne cesserons pas pour autant de cultiver des légumes! »

Des solutions techniques qui élargissent l’horizon

Parallèlement au soutien apporté aux petites exploitations agricoles, le Projet d’appui à l’horticulture a aussi permis d’introduire plusieurs technologies et pratiques innovantes, notamment les techniques de propagation microclonale in vitro dans le tout premier laboratoire de semis du pays et l’utilisation généralisée de réfrigérateurs et d’installations de stockage. Ces derniers sont particulièrement utiles pour réduire les pertes après récolte et pour des entreprises comme celle de Manguberdi, ils ont permis des progrès considérables.

L’entreprise de Manguberdi Mahmud est spécialisée dans les fruits et légumes depuis plusieurs années. À ses débuts, des pertes et des altérations après récolte ont compromis un temps sa rentabilité. En 2015, Manguberdi Mahmud a obtenu un prêt financé par le FIDA grâce auquel il a construit une installation de stockage réfrigérée. L’investissement a tout de suite… porté ses fruits. Les pertes ont fortement diminué, de sorte que la quantité de produits mis en vente a considérablement augmenté.

« Le prêt nous a permis de créer huit nouveaux emplois sur notre exploitation, et nous employons désormais dix personnes à plein temps », explique-t-il. Pendant la saison des récoltes, Manguberdi engage vingt autres travailleurs temporaires, des femmes pour la plupart, pour trier les légumes et les fruits et préparer leur stockage. Les employés gagnent jusqu’à 60 000 sum ouzbeks (environ 6 USD) par jour, soit une contribution importante au budget familial.

Restaurer les terres, rétablir les revenus

La région de Surkhandarya est très vulnérable aux effets des changements climatiques, avec un taux de réchauffement supérieur à la moyenne mondiale. Dans cette région et dans le reste du pays, la gestion des ressources en eau est une des préoccupations majeures: l’agriculture irriguée est le principal consommateur des ressources en eau disponibles en Ouzbékistan, utilisant jusqu’à 90% de l’approvisionnement total en eau du pays.

Grâce à des investissements ciblés, le Projet d’appui à l’horticulture contribue à créer des systèmes de production agricole résistants aux changements climatiques dans toute la région de Surkhandarya. Les financements accordés jusqu’à présent ont permis la mise en œuvre de techniques d’irrigation économes en eau sur plus de 314 hectares de terres. Ces initiatives devraient permettre de fournir de l’eau d’irrigation à 18 000 ménages et de réduire les pertes en eau, qui, de quelque 17,75 millions de mètres cubes en 2015, ont été ramenées à 4,4 millions de mètres cubes en 2019. Pour les exploitants agricoles comme Shodiev, de telles innovations sont primordiales.

« Nous avions une grande parcelle de terre sur laquelle rien ne poussait, car elle n’était pas irriguée », se souvient-il. En 2016, son entreprise agricole dans le district de Denau a reçu un prêt pour pouvoir irriguer le site. Les fonds ont servi à construire une conduite d’eau aérienne de plus de sept kilomètres de long, qui lui a permis d’élargir la surface de terrain cultivée à dix hectares. Il a aussi participé à des formations financées par le FIDA sur les pratiques agricoles résilientes face aux changements climatiques et a appris à sélectionner les variétés d’arbres fruitiers les mieux adaptées aux conditions locales.

« Les connaissances que j’ai acquises dans le cadre des formations m’ont été utiles », affirme-t-il. « Tout se passe à merveille pour moi et je vais donc continuer à appliquer ces précieux conseils dans mon travail. »

Les entreprises agricoles ouzbèkes de toutes tailles – des petites parcelles dehkan aux grandes entreprises – s’intéressent de plus en plus à l’horticulture. Le secteur se révèle être une source fiable de revenus, de sécurité alimentaire et d’emplois dans les zones rurales, grâce notamment aux actions menées dans le cadre d’initiatives comme le Projet d’appui à l’horticulture. Si le projet a été achevé en 2019, sa stratégie est désormais transposée avec succès à plus grande échelle par les pouvoirs publics et d’autres donateurs multilatéraux tels que la Banque mondiale. Ces derniers ont reconnu le rôle clé joué par le FIDA, en particulier son action au service des communautés rurales pour les aider à sortir de la pauvreté et à développer l’économie locale. Le secteur agricole de l’Ouzbékistan se modernise – et grâce à des initiatives de ce type, les petits producteurs du pays et leur communauté rurale devraient pouvoir, dans ce processus, jouer un rôle de premier plan.  

Découvrez l’action du FIDA en Ouzbékistan.