Relever le défi de l'ODD2: c'est le moment d'agir

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Relever le défi de l'ODD2: c'est le moment d'agir

©FIDA/G.M.B.Akash

À peine plus de dix ans nous séparent de la date limite fixée pour la réalisation des objectifs de développement durable (ODD) et, pourtant, les données factuelles dont nous disposons montrent que la réalisation de ces objectifs, en particulier en Afrique subsaharienne, exigera un changement radical dans la quantité et la qualité des financements disponibles. Selon les meilleures estimations, 2 900 milliards d'USD par an sont nécessaires pour réaliser les ODD. Les données tendent également à montrer que les avancées sont trop lentes  pour de nombreux objectifs, mais que l'ODD2 se distingue particulièrement par la médiocrité des progrès dans un certain nombre de régions. C'est l'indicateur dont la performance est la plus mauvaise en Asie de l'Est et du Sud, par exemple, et elle est systématiquement insuffisante dans toute l'Afrique subsaharienne et dans une grande partie de l'Amérique latine et des Caraïbes. Par contre, les progrès sont nettement meilleurs pour l'ODD1 – élimination de l'extrême pauvreté. En fait, les tendances mondiales relatives à l'ODD2 – faim zéro – sont alarmantes. Au lieu d'une amélioration, le rapport "L'état de la sécurité alimentaire et de la nutrition dans le monde" (SOFI) établi chaque année par la FAO, le FIDA et le PAM fait apparaître une augmentation, pour la deuxième année consécutive, de l'insécurité alimentaire, et on compte désormais plus de 821 millions de personnes en situation chronique d'insécurité alimentaire.

On ne dispose pas de beaucoup de données concernant les cibles 2.3 et 2.4 de l'ODD2 – qui visent principalement à doubler la productivité et les revenus des petits producteurs vivriers et à garantir une production alimentaire durable et des pratiques agricoles résilientes. L'utilisation de paramètres tels que les dépenses publiques, l'aide publique au développement dans le secteur de l'agriculture ou la valeur ajoutée par travailleur dans le domaine agricole montre toutefois des retards significatifs également pour ces sous-indicateurs. Il est par conséquent de plus en plus urgent de modifier la trajectoire relative à l'ODD2 – et passer d'une situation dans laquelle les personnes souffrant de la faim et de l'insécurité alimentaire sont de plus en plus nombreuses, à une situation dans laquelle nous nous rapprochons de l'objectif faim zéro, en redoublant d’efforts sur la productivité et les revenus des petits exploitants agricoles.

Mais que faut-il exactement changer?

Il est évident, premièrement, qu’il faut consacrer bien plus d’argent à ce problème. Selon les estimations de la FAO, la réalisation de l'ODD2 exigerait un investissement annuel de 180 milliards de dollars. Pour mettre ces sommes en perspective, les montants investis cette année par le FIDA dans son programme de prêts, le plus important de son histoire, sont à peine inférieurs à 1,8 milliard d'USD, soit 1% seulement des besoins. D'où viendra le reste des fonds? Les donateurs traditionnels et les institutions multilatérales ne pourront en fournir qu'une fraction. Le reste devra provenir des gouvernements des pays en développement eux-mêmes et, par-dessus tout, du secteur privé, y compris les petits exploitants agricoles.

Deuxièmement, même si cet argent était disponible, une réflexion plus approfondie est nécessaire sur le type de solutions qui pourrait avoir l’impact transformateur permettant de parvenir aux ODD 2.3 et 2.4. Poursuivre ce que l’on fait déjà – comme des investissements dans l'agriculture commerciale à grande échelle, par exemple – ne suffira pas pour être à la hauteur du véritable enjeu: mettre en place des systèmes alimentaires incluant de manière durable les petits exploitants agricoles en tant que producteurs et consommateurs de produits alimentaires, et accroître leurs revenus. La solution?  Que les organismes techniques et financiers intervenant sur le terrain soient mieux à même de répondre aux besoins des petits exploitants agricoles, en faisant en sorte non seulement que la productivité augmente grâce aux investissements, mais aussi qu'il y ait des marchés afin que ces produits génèrent des revenus, et qu'interviennent des changements dans les pratiques pour appuyer cette démarche. Les investissements dans l'agriculture familiale doivent passer à la vitesse supérieure, avec des modules d'assistance spécifiques pour cibler les solutions viables, prenant aussi en compte les situations complexes dans lesquelles interviendront la plupart des investissements (par exemple dans des situations de fragilité, ou dans des pays sévèrement touchés par les changements climatiques).

Troisièmement, enfin, les efforts destinés à atteindre l'objectif doivent être organisés de façon efficiente pour que les ressources ne soient pas gaspillées ou qu'elles ne fassent pas double emploi, et qu'elles créent au contraire des synergies par des partenariats et des actions complémentaires – ce qui consistera essentiellement à repenser l'architecture de la sécurité alimentaire et de l'agriculture familiale.

Comment pouvons-nous progresser sur ces trois points: augmenter les ressources, consacrer davantage d'efforts aux approches pouvant induire une transformation, et réformer l'architecture pour atteindre les objectifs de manière efficace?

Accroître les investissements

Il existe deux types de mesures permettant de répondre aux immenses besoins de financement de l'ODD2. Le premier consiste à concentrer davantage les investissements traditionnels, multilatéraux et bilatéraux, vers les pays dans lesquels l'insécurité alimentaire est la plus élevée, et vers ceux où les concentrations de petits exploitants agricoles sont les plus fortes. Les pays dont la performance relative sur l'ensemble des ODD est la plus faible sont principalement des pays connaissant des situations de fragilité et touchés par des conflits, en Afrique subsaharienne, en Asie et au Proche-Orient. Ce sont ces mêmes pays où les niveaux d'insécurité alimentaire sont les plus élevés. Il est évident qu'une assistance accrue en rapport avec l'ODD2, et en particulier les cibles 2.3 et 2.4, est nécessaire pour toucher ces pays.

En outre, la communauté internationale doit mieux s'appliquer à mobiliser localement des ressources à l’échelle nationale dans les pays en développement, ce qui suppose en retour une participation à l'élaboration des politiques pour encourager les pouvoirs publics à dépenser et investir dans des améliorations efficaces pour l'agriculture paysanne. La communauté internationale doit aussi contribuer à catalyser des ressources provenant du secteur privé pour répondre aux besoins des petites et moyennes entreprises dans les secteurs de l'agriculture et des systèmes alimentaires – cela peut également consister à diminuer les risques dans le secteur grâce à des biens collectifs et des formations permettant aux petites entreprises rurales, agricoles ou non agricoles, de répondre aux exigences des grands acteurs du secteur privé.

Cibler les investissements

Le second domaine d'action – faire des investissements ciblés pour lutter contre l'insécurité alimentaire – exige une focalisation explicite sur les problèmes interconnectés que sont l'insécurité alimentaire, la fragilité et la résilience face aux changements climatiques. Les études montrent clairement que les changements climatiques ont un énorme impact sur l'insécurité alimentaire – 80% des catastrophes naturelles ont un rapport avec le climat, et les changements climatiques affectent toutes les dimensions de l'insécurité alimentaire. Les changements climatiques ont aussi un effet plus dramatique dans un certain nombre de pays pauvres – comme les pays du Sahel, qui luttent contre l'impact de sécheresses accrues, de la désertification et des changements de température.

Dans ces États, la fragilité des institutions aggrave les conséquences des catastrophes naturelles parce que la résilience y est moindre. Dans une large mesure, les pays figurant sur la Liste harmonisée des situations de fragilité et ceux confrontés aux plus grands problèmes de

sous-nutrition sont les mêmes. Il faut par conséquent adopter des solutions techniques axées sur l'adaptation aux changements climatiques et, dans certains cas, sur l'atténuation de leurs effets; ces solutions doivent avoir pour complément des activités visant au renforcement des institutions de l'État. Des interventions couvrant le lien entre aide humanitaire et aide au développement sont également nécessaires dans les États fragiles et touchés par des conflits.

Appel à l'action

Le FIDA met l'accent sur les investissements consacrés à l'ODD1 et sur la réalisation de cet objectif à travers l'ODD2, en se focalisant particulièrement sur les ODD 2.3 et 2.4. Autrement dit, le FIDA vise à réduire la pauvreté rurale et éliminer l'extrême pauvreté chez les petits exploitants agricoles, qui constituent la majorité des agriculteurs du monde. La nécessité fondamentale d'investir davantage, en mobilisant de nouveaux acteurs, et d'investir mieux, en ciblant les causes profondes de l'insécurité alimentaire, est un élément essentiel de la vision du FIDA quant à la manière dont il se transformera pour réaliser les ODD. Cette vision fait actuellement l'objet d'un examen et d'un débat actifs avec les États membres du FIDA – et sous-tend un nouveau mode d'action.