Repenser l’aide publique aux agriculteurs

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Repenser l’aide publique aux agriculteurs

Il est de plus en plus évident que nos modes de production, de commercialisation et de consommation des denrées alimentaires doivent mieux tenir compte des notions de viabilité environnementale, économique et sociale. Le système alimentaire mondial est l'un des principaux responsables des changements climatiques, puisqu'il représente pas moins de 37% de l’ensemble des émissions de gaz à effet de serre. Pourtant, malgré la pression considérable que le système alimentaire fait peser sur l'environnement, l'insécurité alimentaire chronique continue de s'aggraver et touche plus de 820 millions de personnes. En outre, les données indiquent que 80% des personnes extrêmement pauvres (celles qui vivent avec moins d’1,90 USD par jour) vivent dans des zones rurales, ce qui laisse à penser que l'agriculture échoue à fournir des moyens d’existence décents à de nombreux habitants des régions rurales.

L'un des plus grands défis à relever pour mener à bien la transformation nécessaire consiste à tenir compte de l'ensemble disparate des acteurs qui composent le système alimentaire ainsi que des multiples interactions qui interviennent entre eux. Ces interactions s'inscrivent dans une série de sous-systèmes complexes et interdépendants, notamment les systèmes d'énergie, de gestion des déchets, de fourniture d’intrants, de gouvernance et de vente.

Les gouvernements et les décideurs politiques disposent d'une marge de manœuvre considérable pour impulser le changement parmi ce réseau complexe de systèmes et d'acteurs. Une politique efficace et harmonisée peut entraîner des changements durables dans toutes les ramifications de ces systèmes. Et cela est particulièrement vrai dans le cas des producteurs. Les États peuvent non seulement définir le système de marché dans lequel sont vendus les produits de base, mais aussi influer directement sur les activités des producteurs grâce au type d’aide qu'ils fournissent.

Or, le montant de cette aide est considérable. Par exemple, de 2016 à 2018, une enveloppe moyenne de 623 milliards de dollars par an a été versée aux 53 pays totalisant 61% des terres agricoles de la planète. Environ 70% de ce total, soit 445 milliards de dollars, ont été versés directement aux producteurs sous forme de subventions visant à réduire le coût des intrants, de paiements proportionnels à la surface des terres ou au nombre d'animaux, ou de compléments de revenus. En moyenne, cette aide représentait plus de 12% des recettes agricoles brutes.

Cela dit, ces chiffres masquent des différences prononcées dans les niveaux d’aide apportés selon les pays. Dans les pays de l'OCDE, par exemple, cette forme d’aide représente entre 17 et 19% des recettes agricoles brutes, alors que dans 12 économies émergentes et en développement (dont la Chine, la Colombie, l'Inde, le Viet Nam et les Philippines), ce chiffre n’est que de 9%.

En outre, ces mécanismes d’aide sont souvent en contradiction avec la notion de durabilité environnementale. Par exemple, le financement des intrants s’effectue souvent en l’absence de cahier des charges. Cela peut encourager un recours excessif et non efficient à des substances telles que les engrais ou les pesticides, ce qui augmente les risques pour la santé des consommateurs et pour l'environnement. De même, les aides financières calculées en fonction de la surface des terres et du nombre d'animaux n’incitent pas à l’efficience et n’encouragent pas les producteurs à réduire leur impact sur l’environnement. Ce dernier type d’aide est de plus en plus répandu – par exemple, entre 2016 et 2018, 67% de l’aide aux producteurs dans l'Union européenne a été versée de cette manière.

L'abandon progressif de ces mécanismes d’aide est une occasion en or de "verdir" la production agricole tout en améliorant la résilience face aux changements climatiques. De fait, une telle transition a déjà été amorcée dans certains pays. Ainsi, les paiements pourraient être conditionnés par la participation à des programmes volontaires consistant par exemple à créer des bandes tampons ou à diminuer le recours aux engrais. Dans l'Union européenne, 12% des recettes agricoles brutes proviennent déjà de ces paiements conditionnels. Les agriculteurs irlandais, par exemple, peuvent participer au Green Low Carbon Agri-Environment Scheme, un programme qui leur permet de choisir parmi différentes actions à mener, comme protéger les cours d'eau vulnérables, aider les oiseaux vivant dans les terres agricoles ou encore planter des essences d’arbres locales pour améliorer l'environnement rural.

Le réaménagement de l’aide aux producteurs en fonction des enjeux environnementaux se justifie aussi du point de vue économique. Par exemple, l'investissement dans l’amélioration de la production agricole en zones arides pourrait rapporter à lui seul 700 milliards d’USD à l’horizon 2030. Pourtant, malgré ces avantages, seulement 10 pays, outre l'Union européenne, allouent actuellement un appui financier aux actions écologiques d’au moins 1% de leurs recettes agricoles brutes.

Si le réaménagement à grande échelle de l’aide aux producteurs n'est pas la solution miracle aux défaillances du système alimentaire mondial, de telles actions sont néanmoins de nature à encourager des pratiques agricoles plus durables et la production de produits de base à intensité carbone moindre. Celles-ci peuvent à leur tour avoir des retombées positives, notamment en contribuant à une alimentation plus saine, en éliminant l'insécurité alimentaire et en limitant les changements climatiques.

Alors qu'il entame son douzième cycle de reconstitution des ressources, le FIDA s’est fermement engagé à investir dans des pratiques écologiques résilientes comme celles qui viennent d’être présentées. Dans l’objectif global de renforcer la résilience de 24 millions de personnes face aux changements climatiques d'ici à 2025, au moins 25% de notre portefeuille de prêts et dons sera investi dans des activités axées sur les enjeux climatiques. Nous savons que l'avenir de l'agriculture rurale passe par la durabilité – et nous nous engageons à aider les producteurs, les décideurs politiques et les gouvernements à mettre en place des mécanismes d’aide novateurs et à en bénéficier.

 

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