COVID-19: Quelles retombées sur l’objectif 2 (sécurité alimentaire) des objectifs de développement durable en Chine et dans le monde?

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COVID-19: Quelles retombées sur l’objectif 2 (sécurité alimentaire) des objectifs de développement durable en Chine et dans le monde?

©FIDA/Qilai Shen

Dans son rapport intermédiaire sur les perspectives économiques publié la semaine dernière, l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) a confirmé, comme on pouvait s’y attendre, que l’épidémie de COVID-19 aura des conséquences extrêmement lourdes sur l’économie de la Chine et du reste du monde.

Les restrictions à la circulation des personnes, des biens et des services, et les mesures d’endiguement de l’épidémie telles que les fermetures d’usines ont réduit sensiblement l’activité manufacturière et la demande intérieure en Chine. En conséquence, l’OCDE a revu à la baisse ses prévisions de croissance du produit intérieur brut chinois de 5,7% pour 2020 établies en novembre 2019, tablant désormais sur une croissance de 4,9%. De même, en raison du poids de la Chine dans l’économie mondiale et de la propagation de la COVID-19 aux quatre coins de la planète, l’OCDE a indiqué que, de 2019 à 2020, la croissance économique mondiale pourrait encore ralentir et passer de 2,9%, niveau déjà faible, à un maigre 2,4%.

Les conséquences économiques de la COVID-19 sur l’économie chinoise et mondiale font l’objet d’un suivi étroit et d’une évaluation minutieuse, mais à l’heure actuelle, on ne dispose guère d’informations concernant les répercussions de l’épidémie sur d’autres domaines "non économiques", tels que le développement.

En tant que membre du personnel du FIDA en Chine, je tiens à livrer quelques réflexions personnelles concernant les éventuelles retombées de la COVID-19 sur la réalisation des objectifs de développement durable (ODD), et en particulier sur l’objectif 2, axé sur la sécurité alimentaire,
en Chine et dans le monde.

Je tiens avant tout à préciser que cette évaluation est extrêmement difficile étant donné le nombre très limité de données actuellement disponibles. Mes réflexions reposent donc essentiellement sur mes observations personnelles de la situation actuelle en Chine.

Le secteur agricole représentant environ 7% du produit intérieur brut de la Chine, les conséquences de la COVID-19 sur l’économie du pays se feront également ressentir au niveau de l’agriculture et de la sécurité alimentaire. À cet égard, nous pouvons nous attendre à des répercussions à court terme, voire immédiates, et, à plus long terme, qui pourraient éventuellement avoir des conséquences à l’échelle planétaire.

Répercussions immédiates

Les restrictions à la circulation des personnes et les fermetures d’usines imposées par le Gouvernement chinois ont altéré la circulation et, par conséquent, la disponibilité des produits alimentaires et agricoles, et interrompu la chaîne d’approvisionnement de plusieurs filières, avec parfois pour conséquence une hausse des prix.

Toutefois, contrairement à ce que l’on aurait pu penser, on constate pour le moment que, malgré la circulation limitée des produits alimentaires, l’approvisionnement en denrées est resté globalement stable et que, à quelques exceptions près, le prix des aliments n’a guère évolué dans le pays.
Cette situation s’explique probablement par l’abondance des stocks de nourriture au moment de l’apparition du virus et de l’instauration des premières mesures de restriction des déplacements.

Toutefois, plus la situation se prolonge et plus les mesures restrictives se poursuivent, plus le système sera mis sous pression. Si la libre circulation des personnes n’est pas rétablie rapidement, les stocks de nourriture diminueront inéluctablement et les prix augmenteront.

De toute évidence, ce sont les personnes les plus pauvres et les plus vulnérables qui seront les plus touchées, car elles sont moins bien équipées pour faire face aux effets négatifs prolongés des mesures préventives de restriction (notamment sur le travail, sur les salaires et la production et, en fin de compte, sur le revenu des ménages).

Répercussions à moyen et à long terme, et conséquences éventuelles à l’échelle planétaire

Au-delà des conséquences à court terme sur les réserves alimentaires, la production agricole risque de pâtir en cas de prolongement de la situation et des restrictions imposées à la libre circulation, ce qui pourrait avoir une incidence plus grave et plus durable sur la disponibilité et les prix des aliments et, en définitive, la sécurité alimentaire.

Le mois de mars marque le début de la période des semis dans de nombreuses provinces chinoises. Si, en raison des restrictions imposées à la circulation, les agriculteurs ne peuvent pas semer ou que la période des semis est retardée, la production sera probablement moins importante cette année, la demande interne risque de ne pas être satisfaite et le pays sera contraint d’accroître ses importations agricoles, ce qui aura des conséquences sur la disponibilité des denrées alimentaires dans le monde et sur leur prix. Le risque de se retrouver face à une situation semblable à la crise alimentaire de 2008 est certes faible pour le moment, mais on ne peut pas en faire totalement abstraction. Conscients de ce risque, les chefs d’État et de gouvernement accordent une priorité élevée à la reprise rapide de la production agricole.

Même si, comme c'est probable, la Chine ne connaît pas de pénurie, la sécurité alimentaire mondiale risque d'être mise à rude épreuve si, du fait de la propagation mondiale de la COVID-19, d’autres pays, notamment ceux en développement, peinent à maintenir leurs capacités de production agricole et la circulation des aliments.

Solutions possibles et dilemmes

La Chine doit remettre en route son économie dans les plus brefs délais, et, en particulier, son secteur agroalimentaire, de la production à la distribution. Les restrictions imposées à la circulation des personnes et des marchandises doivent être levées dans la mesure du possible, afin que l’agriculture puisse redémarrer et que les chaînes d’approvisionnement alimentaire soient rétablies sans tarder.

Le Gouvernement encourage la reprise des activités normales, notamment dans les zones les moins touchées par l’épidémie. Cependant, les administrations locales seront face à un dilemme: d’un côté, remettre en marche l’économie et, de l’autre, éviter l’apparition soudaine d’une deuxième vague épidémique, si les mesures de prévention si bien appliquées étaient assouplies trop tôt.

Deuxièmement, la Chine doit mettre en place un filet de sécurité pour atténuer les répercussions de l’épidémie sur les groupes les plus vulnérables de la société. Dans certains cas, ces personnes ont été touchées de manière disproportionnée par la baisse prolongée de leurs revenus, la hausse de leurs dépenses en soins de santé et l’accès limité aux denrées alimentaires. Il y a lieu, par exemple, de prendre en charge les soins de santé, de repousser les échéances de paiement des factures, des impôts et des prêts, d’octroyer des congés de maladie rémunérés et de fournir d’autres formes d'appui économique, telles que des subventions ponctuelles.

De toute évidence, les pays à faible revenu ont une marge budgétaire faible, qui ne leur permet pas de mettre en place des filets de sécurité à même d’atténuer l’impact de la COVID-19 sur les personnes les plus vulnérables. Ces dernières risquent donc de ne pas disposer de denrées alimentaires en quantité suffisante. Par conséquent, les effets de la COVID-19 sur la sécurité alimentaire pourraient être plus graves dans les pays à faible revenu.

Dans ce contexte, il est important d’investir dans les populations les plus pauvres et les plus vulnérables, notamment les ruraux pauvres, de renforcer leur résilience et leur résistance aux chocs, et de soutenir les pays en développement face aux conséquences de la COVID-19.