Vers la réduction de la pauvreté: les défis qui attendent encore la Chine

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Vers la réduction de la pauvreté: les défis qui attendent encore la Chine

©FIDA/Qilai Shen

Chine - Programme de réduction de la pauvreté dans le sud du Gansu

La Chine espère pouvoir annoncer, l'année prochaine, qu'elle a éliminé l'extrême pauvreté.

Il s'agirait là d'un résultat exceptionnel car il y a encore 40 ans, 90% de la population – plus de 800 millions de personnes – vivait sous le seuil de pauvreté. Aucun autre pays n'a jamais été capable d'extraire un aussi grand nombre de personnes de la pauvreté en un laps de temps aussi court.

On devrait donc se réjouir d’un tel résultat – mais la fin de la pauvreté absolue ne signifie pas que la tâche de la Chine soit achevée. Voici quels sont, à mon avis, les cinq principaux défis qui attendent la Chine après 2020.

  1. Définir un nouveau seuil de pauvreté

On prévoit que, d'ici 2020, personne en Chine ne vivra avec moins de 1,90 USD par jour, le seuil de pauvreté absolue fixé au niveau international. Toutefois, selon la Commission sur la pauvreté dans le monde, si un nouveau seuil était adopté, à 3,20 USD par jour (seuil de pauvreté généralement retenu dans les pays à revenu intermédiaire de la tranche inférieure), 96 millions de personnes – soit 7% de la population – vivraient encore sous ce seuil en Chine. Plus encore: si l'on adoptait le seuil de pauvreté généralement retenu dans les pays à revenu intermédiaire de la tranche supérieure, c'est-à-dire 5,50 USD par jour, 373 millions de personnes – soit 27% de la population – vivraient encore en situation de pauvreté. Quel que soit le nouveau seuil de pauvreté adopté, une partie significative de la population serait encore dans le besoin.

Après 2020, faire passer toutes ces personnes au-dessus de tels seuils est le premier défi qui attend la Chine.

  1. Réduire les vulnérabilités et éviter que les personnes ayant échappé à la pauvreté n'y retombent

Si toutes les personnes ayant vécu sous le seuil de pauvreté avant 2020 pouvaient y avoir échappé à cette date, elles n'en demeureraient pas moins vulnérables aux chocs. Des maladies ou des événements imprévus, la perte d'un emploi ou une longue période de chômage, les coûts de l'éducation des enfants, des phénomènes météorologiques défavorables ou les fluctuations des prix des produits de base – en particulier pour les ménages qui travaillent dans l'agriculture – peuvent facilement faire retomber dans la pauvreté ce segment de la population.

De même, les personnes qui se situaient juste au-dessus du seuil de pauvreté n'avaient par conséquent pas été ciblées par les vastes programmes de réduction de la pauvreté mis en œuvre dans le pays au cours des dernières années. Elles sont donc tout autant vulnérables face à ce genre de chocs – et donc au risque de tomber dans la pauvreté.

Rendre ces deux catégories de personnes plus résilientes aux chocs et leur éviter de retomber dans la pauvreté – ou, en d'autres termes, assurer la durabilité à long terme des résultats obtenus en matière de réduction de la pauvreté – est le deuxième des défis auxquels le pays sera confronté au cours des prochaines années.

  1. Réduire les inégalités

Les inégalités (entre les zones urbaines et les zones rurales, entre les provinces occidentales et les provinces côtières, entre les cantons plus ou moins favorisés au sein d'une même province et entre les différents groupes au sein de la société – les femmes, les personnes âgées, les enfants, les personnes handicapées et les minorités ethniques constituant les groupes les plus vulnérables) persisteront après 2020.

Malgré l'augmentation rapide du revenu des agriculteurs, le bulletin statistique 2018 sur le développement économique et social national indique que le revenu moyen est encore, dans les zones urbaines, près de trois fois supérieur à celui des zones rurales. D'après le Bureau national des statistiques, le revenu moyen dans la partie orientale de la Chine est encore près de deux fois plus élevé qu'en Chine occidentale, et le revenu moyen dans les "cantons pauvres désignés à l'échelon national" est inférieur, de plus de 30%, au revenu national moyen des zones rurales. Les données du Chinese Household Income Project (Projet relatif au revenu des ménages chinois – CHIP) indiquent que le revenu moyen des femmes est inférieur de 20% à celui des hommes.

Bien que, selon la Banque mondiale, la valeur du coefficient de Gini en Chine (le coefficient qui mesure les inégalités dans une société) diminue progressivement depuis 2010 – ce qui permet de penser que quelques améliorations se sont produites sur le plan de l'égalité au sein de la société – cette valeur demeure relativement élevée (38,6) et sensiblement supérieure à ce qu'elle était il y a quarante ans, ce qui confirme que les inégalités sont toujours une question majeure dans la Chine d'aujourd'hui.

  1. Faire en sorte que les résultats en matière de réduction de la pauvreté soient financièrement viables

Pour les finances publiques, la charge financière des programmes de réduction de la pauvreté a été écrasante.

Selon les estimations du Ministère des finances, le gouvernement a dépensé plus de mille milliards de RMB (environ 150 milliards d'USD) pour les programmes de réduction de la pauvreté au cours des trois dernières années et le pourcentage des dépenses budgétaires consacrées à la réduction de la pauvreté a été de 2,20% en 2018.

Si cet effort de réduction de la pauvreté était indiscutablement justifié par le plus noble des objectifs sociaux, il a aussi fait peser une très lourde charge sur les ressources publiques.

Faire en sorte que les résultats en matière de réduction de la pauvreté soient financièrement viables, autrement dit durables sans dépendre fortement de l'apport de ressources publiques, constitue le quatrième défi pour la Chine après 2020.

  1. Développer les zones rurales

Lutter contre la pauvreté en zone rurale et garantir à toute la population locale le revenu minimum nécessaire pour satisfaire à ses besoins essentiels constituait, pour la Chine, un impératif moral. La réduction de la pauvreté dans la Chine rurale s’est appuyé sur le processus d'industrialisation et les emplois qu’il a créés dans les secteurs de la manufacture et des services. Il en a résulté une migration massive de la population des zones rurales vers les centres urbains. Aujourd'hui, moins de la moitié de la population chinoise vit dans les zones rurales – et il s'agit pour la plupart de personnes âgées, de femmes, d'enfants, et de personnes malades ou handicapées.

Le prochain défi, pour la Chine, consistera à poursuivre le développement des zones rurales, sur les plans économique et social, et à donner envie aux personnes d'y vivre. Tel devrait être l'objectif à moyen et long termes qu’en 2020 la société chinoise devrait se fixer pour les décennies à venir.