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Ne laissons pas le coronavirus nous attaquer sur un autre front

31 mars 2020

©FIDA/Francesco Cabras

Les professionnels de la santé se battent vaillamment, trop souvent jusqu’à la mort, dans la lutte mondiale contre le coronavirus. Toutefois, cette crise sanitaire risque de se transformer en crise alimentaire si nous ne prenons pas dès à présent les mesures qui s’imposent. Or prévenir une crise alimentaire est essentiel pour mettre en œuvre une riposte vigoureuse.

L’Organisation mondiale de la Santé a appelé les pays à adopter une approche "impliquant l’ensemble des pouvoirs publics et de la société" pour lutter contre la pandémie. La lutte contre la pandémie de COVID-19 ne se limite pas à l’intervention des systèmes de santé: elle doit mobiliser toutes les forces vives, partout et dans chaque secteur. Nous sommes toutes et tous concernés.

L’alimentation est notre besoin le plus élémentaire. Il nous faut donc défendre les systèmes alimentaires et les personnes qui y contribuent par leur travail. Nous avons tous vu ces employés héroïques dans les supermarchés qui continuent d’approvisionner les rayons malgré les risques pour leur santé afin que les populations confinées puissent continuer à se nourrir. Ce que nous ne voyons pas, ce sont les petits producteurs qui travaillent dans des régions reculées, loin des caméras, et continuent de produire des aliments essentiels à la sécurité alimentaire des pays en développement.

Ces producteurs ruraux sont particulièrement exposés aux effets de la pandémie. L’accès aux soins de santé, aux médicaments, aux services d’approvisionnement en eau et aux installations sanitaires est souvent insuffisant dans les zones rurales des pays en développement, où vivent plus des trois quarts des habitants les plus pauvres et les plus sous-alimentés de la planète, qui dépendent de l’agriculture pour gagner leur vie. Au-delà du virus lui-même, la rupture de l’approvisionnement en intrants (en semences, par exemple) et les difficultés d’accès aux marchés, découlant des restrictions à la circulation et de la fermeture des frontières, menacent déjà les moyens d’existence des petits agriculteurs.

Dans de nombreux pays parmi les plus pauvres au monde, les petits producteurs apportent une contribution de premier plan en matière d’approvisionnement alimentaire, alors même qu’ils font partie des personnes les plus vulnérables et les plus marginalisées de la planète. Les femmes, les jeunes et les populations autochtones en milieu rural sont particulièrement vulnérables.

Aujourd’hui, nous avons plus que jamais besoin de ces petits producteurs. Et ils ont besoin de nous.

Le FIDA a pour mission d’investir dans les petits producteurs et les populations rurales pour améliorer leurs moyens d’existence et renforcer leur résilience. Les petites exploitations produisent 50% de toutes les calories alimentaires, sur 30% des terres agricoles du monde. En Afrique subsaharienne, 80% des exploitations sont de petite taille. Aujourd’hui, les petites exploitations pourraient être amenées à jouer un rôle encore plus important dans la sécurité alimentaire des populations rurales et urbaines étant donné que le commerce mondial, et notamment le commerce de denrées alimentaires, risque d’être fortement désorganisé.
De plus, les petites exploitations familiales sont essentielles au maintien de la diversité nutritionnelle, mise à mal par le passage à une agriculture industrielle à plus grande échelle. Or, une alimentation suffisante et diversifiée est indispensable à la santé humaine.

Tout comme pour la riposte sanitaire, le bon fonctionnement des systèmes alimentaires implique une action multisectorielle et multilatérale en matière de financements, de technologies, de réponse scientifique, de ressources humaines et d’appui aux politiques. Pour nourrir le monde pendant une pandémie, il faut non seulement déployer l’aide alimentaire partout où elle est nécessaire, mais aussi maintenir autant que possible la continuité des filières, afin que les petits producteurs toujours en activité puissent commercialiser leurs produits et que les marchés ne s’effondrent pas.

Cette responsabilité ne relève pas uniquement des pouvoirs publics.
Les institutions multilatérales et les entreprises du secteur privé doivent, en collaboration avec les autorités publiques, mettre en œuvre une action coordonnée pour protéger les systèmes alimentaires, préserver la sécurité alimentaire, et soutenir les petits producteurs et les autres populations vulnérables. Elles pourraient, à titre d’exemple, travailler à garantir l’approvisionnement des agriculteurs en semences et en engrais, prendre des mesures pour assurer le bon fonctionnement des marchés locaux, maintenir la prestation de services de crédit et de finance rurale et renforcer les plateformes d’information.

Ainsi, en Bosnie-Herzégovine, le FIDA collabore actuellement avec le Ministère de l’agriculture, de la gestion de l’eau et des forêts pour protéger les systèmes alimentaires locaux en distribuant des sachets de semences aux petites exploitations. Ces sachets contiennent des engrais, des graines et des produits issus de cultures maraîchères de base. Les petits agriculteurs peuvent ainsi subvenir à leurs propres besoins alimentaires et à ceux des populations locales. En tout, 9 000 petites exploitations devraient bénéficier de cette initiative.

La lutte contre la COVID-19 est largement comparée à un effort de guerre. Or, gagner la guerre ne suffit pas. Nous devons aussi gagner la paix pour empêcher l’érosion des progrès accomplis sur la voie du développement. À cette fin, il faudra investir davantage à moyen et à long terme pour accroître la résilience des populations et lutter contre la pauvreté et la faim. C’est une bataille que nous voulons gagner une bonne fois pour toutes.

La croissance économique du secteur agricole contribue à réduire la pauvreté et l’insécurité alimentaire deux à trois fois plus que la croissance des autres secteurs. Après une pandémie ayant le potentiel de perturber la disponibilité et la production de denrées alimentaires, une augmentation rapide des investissements en faveur de la petite agriculture peut contribuer à stimuler la reprise et apporter un soutien crucial aux petits producteurs vulnérables et marginalisés. Ces derniers peuvent jouer, en effet, un rôle moteur dans le redressement des zones rurales. La petite agriculture peut aussi donner du travail aux jeunes, qui sont nombreux à travailler dans les secteurs les plus exposés aux conséquences économiques de la crise.

La riposte mondiale à la COVID-19 démontre que la communauté internationale peut se rassembler face à une menace commune. Il faut espérer que cette unité forgée dans le feu de l’action se poursuive à l’avenir. Pour l’instant, unissons nos efforts non seulement pour sauver des vies, mais aussi pour protéger les systèmes alimentaires, et empêcher le coronavirus d’ouvrir un deuxième front dans la lutte que nous menons pour protéger la vie et la santé humaines.

 

En savoir plus sur le FIDA face à la pandémie de COVID-19