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COVID-19 – Et si la crise nous offrait une seconde chance?

15 avril 2020

Face aux souffrances et aux difficultés économiques liées à la crise provoquée par la pandémie de COVID-19, un aspect positif a été observé: les émissions de gaz à effet de serre et la dégradation de l'environnement résultant de l'activité humaine ont fortement diminué. Des images réjouissantes témoignant de ces bienfaits, notamment le retour d'une eau cristalline dans les canaux de Venise, dans le nord de l'Italie, ont fait le tour du monde.

La qualité de l'air s'est nettement améliorée. Plusieurs cartes ont été mises en ligne pour illustrer les réductions spectaculaires des émissions polluantes de dioxyde d'azote dans une grande partie de l'Europe. En Chine aussi, les émissions de dioxyde d'azote ont chuté de 30%, et les émissions de gaz à effet de serre d'environ 25%. À l'échelle mondiale, les émissions de dioxyde de carbone pourraient diminuer de 5%, soit la plus forte baisse annuelle depuis la Seconde Guerre mondiale.

Il ne faudrait cependant pas considérer ces effets comme une avancée dans la lutte contre les changements climatiques. La crise économique mondiale de 2008-2009 en est la preuve. Au début, elle a tout de suite eu un impact similaire s'agissant de la réduction des émissions mondiales de gaz à effet de serre: elles sont passées d'un peu moins de 50 gigatonnes en 2007 à 48,6 gigatonnes d'équivalent CO2 à la fin de 2008, puis à 48,15 gigatonnes en 2009. En 2010, elles sont reparties à la hausse pour atteindre près de 51 gigatonnes, dont une augmentation de 5,4% des émissions provenant de la combustion de combustibles fossiles et de la production de ciment, correspondant à la reprise économique et à la mise en œuvre des plans de relance.

Il nous faudra renoncer au statu quo et engager une politique économique qui tienne compte des coûts de l'inaction et de ce que l’on appelle les « externalités » qui pèsent négativement sur l’environnement et les changements climatiques, si l’on veut que les bienfaits pour l'environnement actuellement constatés ne soient pas là aussi de courte durée.

À cet égard, la situation actuelle – et les nombreux plans de relance à venir – peut marquer un tournant. Les décideurs pourraient continuer sur la voie bien tracée des gains rapides et des bénéfices financiers à court terme – ou prendre des mesures décisives dès maintenant et faire passer la durabilité avant le profit. Par exemple, le renflouement des entreprises des secteurs à forte intensité de carbone, tels que l'aviation, pourrait être conditionné à des engagements en faveur d'une réorientation structurelle de la recherche-développement vers la durabilité et une économie neutre en carbone. Les mesures de relance pourraient également se doubler d'une fiscalité relative aux gaz à effet de serre permettant la création d'un modèle commercial dans lequel le développement et l'utilisation de technologies d'énergie renouvelable se justifieraient tant sur le plan financier qu'environnemental. Comparée au maintien du statu quo, une action décisive en faveur d'une croissance durable et à faible intensité de carbone pourrait procurer un gain économique direct de 26 000 milliards d'USD d'ici à 2030. Il est impératif que les États saisissent cette occasion et s'engagent dans cette voie, car la crise provoquée par la COVID-19 risque de ralentir considérablement le processus de lutte contre les changements climatiques, et notamment de retarder la tenue de la COP26.

La crise actuelle met aussi en évidence la nécessité d'accroître la résilience, en particulier des petits exploitants agricoles. La récession économique attendue, associée à la pandémie en cours, menace tout particulièrement les populations des pays à faible revenu. Chaque point de pourcentage de ralentissement économique correspond à une augmentation de 1,9 à 3% du nombre de personnes en situation de pauvreté. On peut donc s'attendre à ce que la crise à économique à venir provoque la paupérisation de 14 à 22 millions de personnes supplémentaires, et réduise à néant une grande partie des progrès accomplis au cours des dernières années.

Parallèlement, on assiste à une généralisation des politiques protectionnistes due aux inquiétudes liées à la pandémie. De grands pays producteurs, dont le Kazakhstan, la Russie et le Viet Nam, limitent leurs exportations de produits de base. En 2007 et 2008, des mesures similaires avaient provoqué une forte hausse du prix des denrées de base, fragilisant ainsi les pays qui en sont tributaires et compromettant la sécurité alimentaire.

En outre, la pénurie de main-d'œuvre résultant des restrictions de circulation, qui suscite une inquiétude croissante dans le monde entier, se fait particulièrement sentir dans les pays à faible revenu. L'épidémie d'Ebola, par exemple, avait empêché l'accès aux semences et autres intrants essentiels en raison du manque de main-d'œuvre et des barrages routiers, et environ 40% des terres agricoles en Afrique de l'Ouest étaient restées en friche.

La crise provoquée par la COVID-19 n'est pas un phénomène s’inscrivant sur une page blanche. Les petits exploitants du monde entier continuent de faire face aux changements climatiques et à la faim. Les agricultrices continuent de souffrir quotidiennement d’inégalités aux conséquences dramatiques. Les jeunes ruraux ont plus que jamais besoin de débouchés viables. Il est donc primordial d'éviter à tout prix un effondrement de l'aide au développement comme celui de 2009.

Aussi le FIDA continuera-t-il de collaborer avec les petits exploitants vulnérables, en s'efforçant d'améliorer leur résistance à ces crises et à d'autres. Il a mis en place un certain nombre de garanties et de procédures pour veiller à ce que son action ne nuise pas et contribue à renforcer le plus possible la résilience. Il a rapidement fait de ses Procédures d'évaluation sociale, environnementale et climatique (PESEC) son principal outil pour améliorer la durabilité et la résilience environnementales des petites exploitations agricoles dans le cadre de tous ses projets. Une utilisation efficace des PESEC pourrait aider le FIDA et les pays avec lesquels il collabore à recenser, réorienter et réaffecter les ressources non engagées pour riposter face à la crise COVID-19 et renforcer les plans d'urgence nationaux.

En ce début de cycle de la Douzième reconstitution des ressources du FIDA, le Fonds s'est engagé à continuer d'investir dans des pratiques qui renforcent la résilience. L'objectif final est de renforcer la capacité d’adaptation de 24 millions de personnes face aux changements climatiques d'ici à 2025, si bien qu’au moins 25% de notre portefeuille de prêts et de dons sera investi dans des activités dans ce domaine jusqu'en décembre 2021. Conscients de la nécessité d'assurer une agriculture durable et résiliente, nous sommes déterminés à aider les producteurs, les décideurs et les États à élaborer et à mettre en œuvre des mesures de soutien novatrices en vue d'aider les pays partenaires et les petits exploitants à se relever après la crise mondiale provoquée par la pandémie de COVID-19.

 

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