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L’action climatique au cœur de la Journée mondiale de la Terre. Alors n'oublions pas les petits exploitants agricoles!

22 avril 2020

©FIDA/GMB Akash

La Journée de la Terre a pris une ampleur exponentielle, mobilisant plus de 200 millions de personnes 20 ans après sa première édition. Si certains progrès ont été accomplis au niveau national en matière de législation relative aux espèces menacées et à la qualité de l'air et de l'eau, un problème persiste et ne semble pas près de s'estomper : les changements climatiques. L'Organisation météorologique mondiale a déclaré que 2019 avait été la deuxième année la plus chaude jamais enregistrée, et que les températures moyennes tant sur les cinq dernières années (2015-2019) que les dix dernières (2010-2019) avaient été les plus élevées jamais observées depuis le début des relevés en 1850. La température mondiale moyenne augmente à un rythme alarmant. L'année 2019 a été plus chaude de 1,1 °C que la moyenne des années 1850-1900, qui est une valeur représentative de l'ère préindustrielle. Cette hausse des températures correspond à une augmentation continue des concentrations de dioxyde de carbone dans l’atmosphère, atteignant 407,4 parties par million en 2018 – un niveau atteint pour la dernière fois il y a 3 millions d'années, et notre planète avait alors un aspect bien différent.

La situation continue de s'aggraver: les effets des changements climatiques se font sentir et des catastrophes commencent partout dans le monde. Depuis la première Journée de la Terre, les glaciers et les calottes glaciaires ont considérablement fondu. Des inondations dévastatrices ont eu lieu en 2019 en Amérique du Sud, en Asie du Sud-Ouest et dans le centre des États-Unis. Des dizaines de pays ont été touchés par des vagues de chaleur, notamment en Europe centrale et du Nord et en Australie, où la température dans de nombreuses villes a dépassé 46 °C et la température moyenne en été a atteint près de 41 °C à l’échelle nationale, avec des écarts saisonniers de 2,4 °C au printemps. L'Australie et certaines régions d'Amérique centrale ont été frappées par une sécheresse généralisée. Des incendies de forêt ont ravagé plusieurs régions sous de hautes latitudes, notamment en Alaska, en Sibérie et dans certaines parties de l'Arctique, où de tels phénomènes sont extrêmement rares. L'Australie a été ravagée par des feux de brousse qui ont décimé 1,65 million d'hectares rien qu’en Nouvelle-Galles du Sud. Au Mozambique, le cyclone Idai a tué plus de 600 personnes et touché plus de 1,8 million de personnes au total, et a provoqué des dégâts estimés à 773 millions d’USD. 

Étant donné l'ampleur des destructions provoquées par les changements climatiques, il est juste que la Journée de la Terre soit consacrée à ce problème cette année. Cependant, les catastrophes qui défraient la chronique et les mesures prises pour atténuer les effets des changements climatiques occultent souvent le sort d'un groupe pourtant essentiel: les petits exploitants agricoles. Or, près des deux tiers de la population rurale des pays en développement vivent dans 475 millions de petites exploitations de 2 hectares ou moins, et ces agriculteurs assurent ensemble 28 à 31% de la production agricole totale et 30 à 34% de l'approvisionnement alimentaire total.

Bien que les paysans contribuent ainsi de manière essentielle à la sécurité alimentaire et à la réalisation d’un grand nombre d’objectifs de développement durable, les mesures prises pour renforcer leur capacité de produire des denrées alimentaires dans le contexte des changements climatiques ne sont pas suffisantes. De 2017 à 2018, 8 milliards d'USD par an ont été en moyenne consacrés à des mesures d'adaptation dans les secteurs de l'agriculture et de la foresterie, ou bien dans les domaines de l'utilisation des terres et de la gestion des ressources naturelles. À titre de comparaison, ce sont 336 milliards d'USD par an qui ont été investis dans la production d'énergie renouvelable sur la même période.

Ce manque de financement persiste alors même que les changements climatiques menacent gravement les petites exploitations agricoles. Certaines études montrent que ces changements ont déjà pour effet de réduire le rendement des cultures. Ces effets ne feront que s'accentuer à l'avenir. Ainsi, la production mondiale de blé pourrait chuter de 6% pour chaque degré de réchauffement supplémentaire. Les zones arides des pays en développement sont particulièrement vulnérables. Elles représentent 40% de la surface terrestre et comptent 2,5 milliards d'habitants, dont beaucoup ont des moyens limités pour faire face aux effets néfastes des changements climatiques. Le bétail aussi sera touché. Une augmentation de 2 °C devrait provoquer une baisse de 10% de la productivité des pâturages dans le monde, soit un manque à gagner de 9,7 à 12,6 milliards d'USD. Les éleveurs des régions vulnérables, comme l'Afrique de l'Ouest, seront probablement les plus durement touchés par cette catastrophe.

Depuis sa création en 1978, le FIDA œuvre en particulier en faveur de ce groupe de population. Il a récemment décidé, dans le cadre de sa Douzième reconstitution des ressources, d'allouer au moins 25% de l'ensemble de son portefeuille de prêts et dons à des activités axées sur la lutte contre les changements climatiques. Le FIDA met également en œuvre le Programme d'adaptation de l'agriculture paysanne, le principal fonds mondial de renforcement de la capacité d'adaptation des petits exploitants vulnérables. Ce programme a été très efficace: il a bénéficié à plus de 3,1 millions de petits exploitants et a financé la construction d'infrastructures résistantes face aux changements climatiques pour un montant de 21 millions d’USD. En cette Journée de la Terre, tout comme chaque jour, le FIDA réaffirme sa vision et son Cadre stratégique: renforcer la résilience, promouvoir la durabilité environnementale et donner aux petits exploitants les moyens de lutter contre les changements climatiques.