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Heureux qui comme Ulysse…? Retour des migrants et mesures de lutte contre la COVID-19 en Inde

06 mai 2020

©FIDA/Susan Beccio

Après le confinement décrété dans la plupart des pays pour lutter contre la pandémie de COVID-19, l'Organisation internationale du Travail estime qu'environ 2,7 milliards de personnes, soit 81% de la population active mondiale, sont concernées par la fermeture totale ou partielle des lieux de travail. Les États sont lancés dans une course pour atténuer les dégâts économiques créés par cette situation, qui menace de plonger 49 millions de personnes dans l'extrême pauvreté et d'aggraver la faim dans le monde. Les personnes qui travaillent dans le secteur informel sont les plus durement touchées et les migrants sont particulièrement vulnérables. Trente pour cent des 450 millions de migrants internes en Inde travaillent dans le secteur informel, et ils ne font pas exception.

Quand le Gouvernement indien a annoncé un confinement national, nombre de travailleurs migrants ont décidé de rentrer chez eux dans l'incertitude et la confusion, car ils se sont retrouvés sans aucun revenu. Ils espéraient qu'en retournant dans leur village d'origine, ils pourraient bénéficier de repas réguliers, d'un revenu agricole et de programmes de protection sociale, tout en faisant des économies sur des dépenses telles que le loyer. En plus de susciter des inquiétudes quant à la propagation du pathogène dans les zones rurales de l'Inde, ce brusque exode urbain a également créé un autre type d'urgence: des mesures ont dû être prises rapidement, à tous les niveaux de l'État, pour isoler avec humanité et en toute sécurité les migrants rentrant au pays et ceux qui étaient bloqués.

Alors même que des foyers d'hébergement et des camps étaient mis en place pour accueillir les près de 10 millions de migrants bloqués dans tout le pays, nombre d'entre eux sont parvenus à regagner leur village. Cependant, de nombreuses communautés n'étaient pas suffisamment préparées pour les accueillir: c'est là que les institutions locales ont joué un rôle de premier plan. En répondant à la peur des locaux d'être infectés, en conciliant les besoins en matière de santé publique avec le désir compréhensible des familles de se retrouver, en collaborant avec les administrations locales pour mettre en place des solutions d'hébergement confortables pour les migrants rapatriés et compatibles avec les conditions imposées par la COVID-19, les institutions locales ont grandement contribué à définir les mesures de lutte contre la pandémie les mieux adaptées aux réalités du terrain.

Partout en Inde, des témoignages font état de la manière dont ces institutions, créées par les pauvres et à leur profit, ont redoublé d'efforts pour aider les migrants rapatriés en détresse. Dans certaines des régions les plus reculées du pays, où le FIDA collabore avec le Gouvernement pour améliorer les conditions de vie et les moyens d'existence de la population rurale, cette assistance a pris différentes formes.

Dans le Jharkhand, par exemple, les groupes d'entraide créés dans le cadre du Projet d'autonomisation et de promotion des moyens de subsistance des populations tribales du Jharkhand, soutenu par le FIDA, ont travaillé avec les gram panchayats (gouvernements locaux élus dans les villages) pour préparer des centres de quarantaine, comme dans l'État voisin de l'Odisha. Également dans l'Odisha, des membres des équipes de projets et des bénéficiaires fournissent des repas aux populations vulnérables, telles que les femmes enceintes, les pauvres et les migrants placés en quarantaine. Dans le Maharashtra, les groupes d'entraide affiliés à la Société de promotion de la femme (Mahila Arthik Vikas Mahamandal), avec laquelle le FIDA collabore pour mettre en œuvre le Programme d’autonomisation des femmes rurales Tejaswini, soutiennent le dispositif Shiv bhojan thali créé par le gouvernement de l'État pour offrir des repas préparés aux migrants et aux personnes dans le besoin qui gagnent leur vie au jour le jour. Dans le Nagaland, les bénéficiaires et les principaux agriculteurs du Projet d'encouragement des systèmes d'exploitation agricole résilients face aux changements climatiques dans les hautes terres du Nord-Est (FOCUS), autre projet soutenu par le FIDA, mettent en place des cuisines communautaires. Parallèlement, les groupes d'appui aux moyens d'existence de l'Uttarakhand, qui font partie du Projet intégré d'appui aux moyens de subsistance non seulement préparent des repas aux migrants mais ils évaluent également leurs besoins et les aident à accéder à différents programmes gouvernementaux, notamment en recueillant des produits de première nécessité auprès de leurs membres pour les distribuer aux migrants dans le besoin, comme c'est le cas également dans l'Odisha.

Ces institutions mènent également des campagnes d'information et d'éducation pour sensibiliser la population. Par exemple, les experts locaux qui participent à un projet soutenu par le FIDA dans l'Odisha ont joué un rôle déterminant de sensibilisation aux enjeux liés à la santé, à l'hygiène et à la distanciation physique, aux côtés des agents de la santé publique. Dans le Jharkhand, les experts locaux utilisent également une application créée dans le cadre du projet pour cartographier les risques liés à la COVID-19 dans les villages, en particulier ceux qui accueillent un nombre important de migrants. Cette application est aussi disponible dans cinq districts de l'État.

Les mesures prises ont montré la manière dont les institutions locales pouvaient répondre efficacement aux besoins immédiats des migrants et de leurs communautés, mais il s'agit au mieux de solutions à court terme. De nombreuses questions subsistent quant à ce qui adviendra une fois les restrictions assouplies. Par exemple, près de 10% des ménages ruraux dépendent des fonds envoyés par leurs proches. Si les tendances migratoires se modifient durablement, ces ménages seront-ils en mesure de trouver d'autres moyens de combler le manque à gagner? La limitation des migrations et les perturbations qui s’ensuivent sur la chaîne d'approvisionnement ont également de possibles conséquences sur l'économie rurale et sur l'agriculture. Dans certaines régions du pays, les agriculteurs s'inquiètent déjà d'une éventuelle pénurie de main d'œuvre pendant la saison des récoltes.

Récemment, le Gouvernement indien a publié des directives autorisant les travailleurs migrants à rentrer chez eux. Si cela représente un vrai défi pour les pouvoirs publics qui doivent s'occuper de leur sécurité, c’est aussi pour les institutions locales l’occasion de continuer à collaborer étroitement avec les autorités et de contribuer à l'assimilation réfléchie et progressive des migrants rapatriés.

Les pouvoirs publics, la société civile, le secteur privé et les institutions des Nations Unies, y compris le FIDA, œuvrent à plusieurs niveaux afin de trouver des solutions à moyen et à long terme pour surmonter les difficultés d'ordre sanitaire, social et économique que pose cette crise sans précédent. Dans de nombreux États, le Gouvernement mène des enquêtes à grande échelle sur les migrants pour analyser leurs intérêts, leurs compétences et leurs projets d'avenir. Quels que soient les résultats, l'expérience acquise dans le cadre des projets soutenus par le FIDA suggère qu'il sera essentiel de mobiliser les institutions locales (groupes d'entraide, groupes d'appui aux moyens d'existence, organisations d'agriculteurs, associations de producteurs, entre autres), tant pour apporter un secours immédiat que pour assurer la réintégration socioéconomique des migrants à plus long terme.  

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