Saut au contenu
X

Coopération Sud-Sud et gestion des savoir: deux leviers pour maximiser notre impact en Amérique latine et Caraïbes

11 septembre 2020

© FIDA / Panos Pictures / Xavier Cervera

Les habitants des pays du Sud – appellation collective qui englobe les populations d’une bonne partie de l’Afrique, de l’Asie et de l’Amérique latine – ont beau vivre à des milliers de kilomètres les uns des autres, ils rencontrent souvent des difficultés étonnamment similaires. Pour renforcer la solidarité entre ces pays, l’idée d’une coopération Sud-Sud et triangulaire (CSST) voit le jour en 1978.

Au titre de cette coopération, au moins deux pays en développement collaborent pour échanger leurs idées, leurs compétences et leurs bonnes pratiques. L’objectif est que chacun apprenne de l’autre, de telle sorte que tous les acteurs concernés puissent se doter de nouvelles stratégies face aux difficultés rencontrées à l’échelle locale.

La CSST représente une conception de la coopération qui va bien au-delà d’un simple inventaire de flux techniques et financiers. Elle consiste à échanger non seulement des savoirs bruts, mais aussi des données d’expérience, telles que les doutes, les difficultés rencontrées et les réussites enregistrées. Grâce à la CSST, les différents intervenants se réunissent pour réfléchir et travailler de concert.

Au FIDA, nous souscrivons à ces principes depuis longtemps et, au fil des ans, la CSST a pris une place de plus en plus centrale dans notre action, à l’instar de son pendant indissociable, la gestion des savoirs, c’est-à-dire l’ensemble des activités destinées à diffuser et à échanger les enseignements tirés de l’expérience et à promouvoir leur mise en œuvre. Ce qui n’était au départ qu’une poignée d’initiatives isolées est devenu une stratégie institutionnelle à part entière.

Nous présentons ci-dessous quelques exemples d’activités que nous menons à la Division Amérique latine et Caraïbes du FIDA et qui font intervenir la CSST.

De nouvelles idées pour tirer le meilleur parti des régions semi-arides

Le Projet de développement rural dans la région de Mixteca et dans la zone de Mazahua (PRODESZA), au Mexique, et le Projet de développement durable dans les régions de Carirí et Seridó (PROCASE), au Brésil, sont deux projets appuyés par le FIDA et sont cofinancés respectivement par le Gouvernement mexicain et l’État brésilien du Paraïba. Ils visent tous deux à améliorer la vie des exploitants familiaux vivant dans les régions semi-arides de ces pays.

En plus d’abriter certaines des plus grandes poches de pauvreté au monde, ces zones figurent parmi les régions les plus gravement touchées par les changements climatiques. Le manque d’accès à l’eau, ressource indispensable à la production agricole et à l’élevage, est la principale difficulté qui entrave les projets de développement menés sur ces territoires.

Le PROCASE vise à surmonter les difficiles conditions semi-arides en mettant en œuvre le système agroforestier syntropique. Ce système associe stratégiquement plantation d’arbres fruitiers et d’arbres à bois indigènes, cultures agricoles et zones de pâturage pour le bétail, de manière à préserver les ressources naturelles et à renforcer la sécurité alimentaire.

Compte tenu de la réussite du PROCASE, il semblait judicieux que des membres du personnel et des participants au PRODESZA se rendent au Paraïba pour voir directement comment leurs homologues brésiliens faisaient face aux mêmes types de problèmes que ceux rencontrés dans les régions semi-arides du Mexique. Ainsi, en novembre dernier, ils ont visité des instituts de recherche en agroforesterie, des unités de production fourragère, des banques de semences indigènes et des stations de stockage d’eau répartis sur l’ensemble de l’État du Paraïba. Au terme de la mission, ils avaient recueilli un grand nombre d’idées nouvelles et comptaient garder contact avec leurs partenaires brésiliens pour leur transmettre leurs propres données d’expérience.

Diffusion de bonnes pratiques en matière de gestion du bétail

En septembre 2019, une délégation du Projet de développement des coopératives d’éleveurs dans la région Centre-Est (PRODEGAN), mis en œuvre à Cuba, s’est rendue en Uruguay pour découvrir les modèles uruguayens de production de lait, à l’efficacité avérée, et tirer des conclusions sur l’opportunité d’introduire de nouvelles technologies et bonnes pratiques dans la province cubaine de Camagüey, où se déroule le PRODEGAN.

Au cours de cette semaine au programme intense, la délégation cubaine s’est rendue dans des exploitations agricoles, des installations de transformation du lait, des coopératives et des centres universitaires, où elle a pu glaner tout un ensemble de nouvelles idées. À leur retour à Camagüey, les participants, appuyés par le personnel de projet, ont commencé à apporter des changements au fonctionnement de leurs coopératives laitières.

À peine deux mois plus tard, bon nombre de ces nouvelles pratiques, adaptées au contexte cubain, étaient déjà pleinement appliquées. À titre d’exemple, les zones de pâturage avaient fait l’objet d’une nouvelle division pour favoriser la consommation d’un fourrage de qualité et la reconstitution du tapis végétal, des abreuvoirs mobiles avaient été mis à disposition pour approvisionner continuellement le bétail en eau, et un nouveau centre collectif d’élevage de génisses avait ouvert ses portes pour accueillir de jeunes vaches saines en remplacement des bovins âgés.

Les premières exploitations à avoir intégré ces changements sont aujourd’hui considérées comme des "unités de référence". D’autres agriculteurs de la région apprennent à leurs côtés et commencent à leur emboîter le pas.

Gestion des savoirs et CSST: la clé du progrès

Les expériences décrites ci-dessus ne sont que deux exemples des activités de CSST appuyées par le FIDA dans la région Amérique latine et Caraïbes. Je pourrais vous en citer bien d’autres. Ainsi, dans le cadre du projet Back to the Roots, des données d’expérience sont récoltées au sujet des partenariats noués entre producteurs familiaux et entreprises gastronomiques, telles que des restaurants et des épiceries fines. En parallèle, l’initiative Un parcours commun, financée par le FIDA et mise en œuvre par l’Alliance de Bioversity International et le Centre international d’agriculture tropicale, donne à la Colombie et à plusieurs pays d’Amérique centrale l’occasion d’échanger des données d’expérience au sujet de politiques et d’outils agricoles climatiquement rationnels.

Toutes ces activités visent à aider les petits exploitants agricoles à améliorer leur productivité en appliquant les compétences, les pratiques et les technologies acquises en s’inspirant de l’expérience d’autres agriculteurs. Elles revêtent, par ailleurs, une importance capitale pour établir de nouveaux partenariats susceptibles d’influencer les débats sur les politiques publiques à mener à l’échelle nationale ou régionale.

Soucieux d’agir avec exhaustivité et cohérence, le FIDA a ouvert en 2018 un bureau au Brésil qui fait office de centre régional des activités de CSST et de gestion des savoirs. Par ailleurs, la Division Amérique latine et Caraïbes établit actuellement une stratégie axée sur la CSST et la gestion des savoirs, afin de maximiser la collaboration interrégionale et la diffusion des savoirs et des savoir-faire issus des opérations du FIDA en vue d’accroître l’efficacité des programmes du Fonds.

Dans cette stratégie, il est souligné l’importance qu’il y a à collaborer avec un vaste éventail de partenaires (d’autres entités des Nations Unies, des institutions financières, des acteurs du secteur privé et des centres de recherche régionaux) pour organiser et mettre en commun des technologies et des pratiques innovantes en faveur du développement agricole et rural. La stratégie prévoit également l’utilisation d’une grande panoplie d’outils, tels que les programmes d’options stratégiques pour les pays (COSOP), les dons régionaux ou les plateformes de connaissances mondiales et régionales.

Toutes ces activités de collaboration et d’échange de savoirs visent à contribuer à un projet primordial: concrétiser les objectifs de développement durable énoncés dans le Programme 2030, et notamment tenir la promesse d’éliminer la faim et l’extrême pauvreté et de construire une société mondiale où nul ne serait laissé de côté. Cette entreprise est ardue et les conséquences de la COVID-19 sur notre quotidien ajoutent aux difficultés. Nous ne baissons pas les bras pour autant. Au contraire, nous devons redoubler d’efforts pour édifier des sociétés résilientes aux quatre coins de la planète. Les exploitants familiaux peuvent nous aider de façon décisive à cet égard, et les activités de CSST et de gestion des savoirs menées par le FIDA leur donnent la possibilité de tisser les liens nécessaires pour s’acquitter pleinement de ce rôle.

En savoir plus sur l'action du FIDA dans la région Amérique latine et Caraïbes et en matière de coopération Sud-Sud et triangulaire