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La diaspora malienne offre aux jeunes maliens des perspectives d’avenir au Mali

Souamé Diarra

Au Mali, il est difficile pour les jeunes ruraux d'emprunter des fonds pour développer leurs activités agricoles. La situation devrait changer grâce à la plateforme Babyloan Mali.

Cette plateforme permet à la communauté malienne en France de prêter, même des sommes modestes, à des micro-entrepreneurs ruraux au Mali pour les aider à développer leurs activités ou leur petite entreprise.

Cette plateforme a été créée par Babyloan et a reçu le soutien du Fonds International de Développement Agricole (FIDA). Babyloan est le leader européen du prêt solidaire. L’ONG française Groupe de Recherche et de Réalisations pour le Développement Rural (GRDR) soutient l’initiative en informant les migrants qui vivent en région parisienne de l’existence de la plateforme.

Philippe Rémy, chargé de programme pour le Mali au FIDA, explique comment ce système de prêt fonctionne et pourquoi cette initiative devrait être reproduite dans d’autres pays.

Comment Babyloan et le FIDA travaillent-ils ensemble?

A travers son programme FIER (Formation professionnelle, Insertion et appui à l’Entreprenariat des jeunes Ruraux), le FIDA offre un apprentissage et une formation à l’entreprenariat à des jeunes maliens pour qu’ils puissent développer des activités intéressantes et rentables dans le secteur agricole. Mis en œuvre dans les villages, le projet aide les femmes et les hommes ruraux âgés de 15 à 40 ans à définir leur projet professionnel. Au cours d’une période de six mois, un encadrement les aide à réfléchir à leur avenir professionnel et à identifier les opportunités qui s’offrent à eux.

Le projet se concentre spécifiquement sur les jeunes âgés de 15 à 18 ans – qui sont particulièrement vulnérable à l’attrait de la migration. C’est l’âge auquel ils partent vers les centres urbains ou à l’étranger attirer par le rêve d’argent facile.  Dans le cas du Mali, ils partent aussi travailler dans les mines souvent dans des conditions dangereuses. Ce processus d’orientation et de dispositif préprofessionnel les aident à réfléchir à leurs options et à comprendre qu’il existe aussi des opportunités chez eux, dans les zones rurales.

Le projet travaille séparément avec les jeunes garçons et les jeunes filles car les difficultés qu’ils rencontrent sont différentes.

A la fin des six mois, les jeunes peuvent choisir parmi toute une gamme de formations. Ceux qui ont plus de 18 ans sont aidés pour monter leur propre activité génératrice de revenus et  identifier les sources de financement adaptées. Le projet  les met en contact avec des institutions de micro-finance.

C’est là qu’intervient notre partenariat avec Babylon. Il permet de mettre en contact la demande – les jeunes ruraux qui ont besoin de financements – et les Maliens qui vivent en France et qui désirent aider leur communauté d’origine, voire souvent même les jeunes de leur village.

Pourquoi la plateforme est-elle particulièrement attrayante pour la diaspora malienne en France?

La diaspora malienne est très généreuse. Mais souvent les Maliens qui envoient des fonds ont un sentiment de frustration car ils ne savent pas comment l’argent qu’ils envoient est utilisé. Est-il utilisé pour répondre aux besoins  de base quotidiens ? Est-il utilisé de la manière la plus utile ? De plus, ils reçoivent des demandes d’argent à répétition et se posent donc des questions.

Le projet FIER aide les jeunes à mettre au point des projets solides et viables et les accompagne lors de leur mise en œuvre. Ces projets sont présentés sur la plateforme. Pour les Maliens de France c’est une garantie. Avec le projet du FIDA, ils savent que les fonds sont utilisés pour aider le développement de petites activités génératrices de revenus et qu’elles permettront de garantir un revenu sur le long terme. Ils savent que leur argent va avoir un impact.

Pourquoi est-il important de mobiliser les fonds de la diaspora malienne de cette façon?

Les fonds que les travailleurs d’origine malienne envoient dans leur pays représentent des sommes très importantes. Selon le dernier rapport du FIDA « Sending Money Home”,  les envois de fonds des travailleurs migrants du monde entier vers le Mali s’élevaient à 806 millions de dollars US en 2016. La Banque Mondiale estime que ces envois pourraient atteindre un milliard de dollars en 2017. C’est énorme. Un quart vient des Maliens de France. Dans le monde, environ 40 pour cent des envois de fonds vont dans les zones rurales. Une grande partie est utilisée pour les besoins de base comme la nourriture, le logement, la santé; une partie insuffisante est investie dans des activités économiques et durables.

Pensez-vous que la plateforme aura du succès?

Nous avons déjà testé l’idée et soumis onze projets. En deux semaines tous les projets ont été financés. Cela montre que l’intérêt est bien là.

De plus, Babyloan et  GRDR ont travaillé pour identifier les caractéristiques de la migration dans les régions de Koulikoro et Sikasso, les deux premières zones dans lesquelles nous avons testé le concept et dans les communautés d’immigrés en France. Des enquêtes ont été menées à Paris et dans ses alentours pour comprendre quelles sont les caractéristiques de la solidarité et les attentes vis-à-vis des investissements potentiels. Ces enquêtes ont confirmé que les Maliens sont intéressés par cette approche.

Quels types d’investissements ont déjà été financés?

Moussa Diarra

Par exemple, Moussa Diarra, un jeune de 26 ans, avait besoin de fonds pour acheter une pompe à eau pour cultiver des tomates et poivrons pendant la saison sèche. Grâce au projet FIER du FIDA il a reçu une formation en maraîchage et a pu emprunter 650 euros à travers Babyloan. Il a lui-même investi 79 euros. La pompe va lui permettre de cultiver plus et de vendre ses surplus.

Souamé Diarra

Souamé Diarra, une jeune femme de 22 ans, élève des chèvres depuis quatre ans et souhaitait développer une activité d’embouche de bétail. Elle avait besoin de 200 euros et n’avait que 25 euros à investir. Cette somme qu’elle a pu obtenir fait la différence pour elle et sa famille.