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"Appelez-moi madame patate!" Renforcer l’innovation pour autonomiser les producteurs de pommes de terre de la région andine

Langues: Arabic, English, French, Spanish

©FIDA/Pablo Corral Vega

La demande alimentaire est en augmentation dans le monde, sous l’effet de la croissance démographique, de la modification des habitudes alimentaires et de la disponibilité des ressources agricoles. Il est donc indispensable de gagner en efficience et d’améliorer la productivité au champ et, pour ce faire, il convient d’affonter deux problèmes latents dans le secteur agricole: la pénurie d’eau et les effets des changements climatiques.

La situation est plus grave encore quand les producteurs agricoles ne bénéficient d'aucun appui face à ces difficultés. Nombre d’entre eux ne disposent pas de solutions techniques adaptées et n’ont qu’un accès limité aux marchés. C’est précisément la situation dans laquelle se trouvent les producteurs de pommes de terre de Bolivie, d’Équateur et du Pérou, qui puisent dans ce tubercule leur principale source de revenu et de nourriture.

Telle était la situation lorsqu'en décembre 2015, le FIDA et le Centre international de la pomme de terre (CIP) ont conclu un accord visant l’exécution du projet FIDA-CIP de renforcement de l’innovation pour améliorer les revenus, la sécurité alimentaire et la résilience des producteurs de pommes de terre en Bolivie, en Équateur et au Pérou. Ce projet a vocation, comme son nom l’indique, à améliorer les revenus, la sécurité alimentaire et la résilience face aux changements climatiques des familles paysannes pauvres dont les systèmes d’exploitation agricole reposent sur la production de pommes de terre (variétés indigènes améliorées).

L’histoire de Gaby Quispe, résidente de Patacamaya en Bolivie, a ceci de représentatif qu’elle illustre simplement, mais avec éloquence, la façon dont les solutions techniques "intelligentes" face aux changements climatiques peuvent être mises à profit dans la filière pomme de terre au service de l’équité entre les sexes et de l'émancipation des femmes rurales.

Gaby Quispe, récit d'une transformation

Gaby Quispe vient de la communauté de Yanahauira, qui appartient au canton de Chiarumani dans la municipalité de Patacamaya, située dans la province d’Aroma en Bolivie. Gaby est une jeune femme cultivatrice de pommes de terre et travaillant au champ parce que son époux, originaire d’une autre communauté, a dû quitter le village pour trouver un travail.

potato grower in Peru

©CIP 2018/Miguel Angel Gonzáles

Gaby est membre d’une association de producteurs de Chiarumani qui a favorisé sa participation aux  activités de renforcement des capacités menées au titre du projet FIDA-CIP dans la région andine.  Elle a ensuite trouver des stages et pu transférer ses connaissances à d’autres producteurs de la communauté, en particulier à d’autres femmes.

Le projet a ouvert de nouvelles perspectives aux femmes qui, comme Gaby, n'avaient jamais participé aux activités de renforcement des capacités dans le secteur agricole. Depuis 2016, date de lancement du projet, Gaby a trouvé sa place et arrive à exprimer aussi bien ses aspirations que ses talents. Forte de sa contribution au projet, elle a retrouvé confiance en elle et a réalisé son rêve: améliorer sa production pour en vivre.

Quand Gaby était plus jeune, ses parents lui ont montré comment semer et sélectionner la pomme de terre. Ces gestes se transmettaient des parents aux enfants. Alors, pour Gaby, c'était important de participer au projet et d’apprendre la gestion intégrée des cultures et les bonnes pratiques à privilégier.

"Je n’avais jamais réalisé auparavant que ma façon de sélectionner les semences affectait mes propres rendements; c’est pourquoi il était vraiment important pour moi d’apprendre les bonnes méthodes de sélection pour améliorer la qualité des semences", nous raconte-t-elle avec émotion.

Par ailleurs, elle n’aurait jamais imaginé que les phéromones des teignes femelles puissent aider à capturer les teignes mâles pour éviter qu’ils ne dégradent ses stocks de pommes de terre. Ainsi, elle prévoit désormais d’améliorer ses installations de stockage et de faire un usage plus efficace des techniques qu'elle a apprises.

La jeune productrice admet également qu’elle n’aurait pas cru que l’on puisse obtenir des pommes de terre à partir de germes. Et pourtant, alors que cette technique de repiquage donne généralement peu de résultats à l’altitude à laquelle se situe Patacamaya, elle est parvenue à faire pousser quelques petites pommes de terre. C’était important à ses yeux d’apprendre cette technique et elle n’a manqué aucun cours dans les fermes-écoles, où elle a appris à gérer toutes les étapes du cycle végétatif.

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©FIDA/Pablo Corral Vega 

Gaby nous résume son histoire dans un rire avec le singulier "Soy papa, no papá" (que l’on pourrait traduire avec humour par "Appelez-moi madame patate") car sa vie comme celle de sa communauté dépendent en grande partie de la culture de ce tubercule.  Il est donc vital d'obtenir une bonne productivité à un moindre coût, le tout en réduisant au maximum les risques pour la santé et en vendant à bon prix sur le marché. Elle a apprécié l’échange d’expériences avec d’autres producteurs, ce qui lui a permis de cerner les innovations en matière de production et de commercialisation dans la filière pomme de terre, et elle sait aujourd’hui comment transmettre ses apprentissages à ses voisins.

"J’ai appris à sélectionner les semences; avant, on les choisissait un peu au hasard. Maintenant, on sélectionne les meilleures semences. On est passé de 15 sacs de patates pour un sac de semences à 25 sacs de patates pour un sac de semences. Mon budget semences a diminué."

Le projet FIDA-CIP dans la région andine a profité directement à environ 12 000 familles en situation de pauvreté et indirectement à quelque 3 000 autres.

 

Pour plus d’informations, lire le rapport complet: Soy papa, no papá: Historias de cambios destacables del proyecto “Fortalecimiento de la innovación para mejorar los ingresos, la seguridad alimentaria y la resiliencia de productores de papa en Bolivia, Ecuador y Perú”