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Cacao: Comment une seule culture a dynamisé les exportations de tout un pays

© FIDA/Barbara Gravelli

Aujourd’hui, les cacaoyers constellent de nouveau le paysage de Sao Tomé-et-Principe. Autrefois considéré comme le plus grand exportateur de cacao au monde, ce petit État insulaire situé au large de la côte ouest de l’Afrique avait fortement réduit cette activité après son indépendance en 1975. Dans les décennies suivantes, les chocs climatiques à répétition (sécheresses et inondations) avaient contribué à limiter la production de cacao de l’archipel. Mais dernièrement, le cacao qui est le principal ingrédient du chocolat et une importante culture commerciale, a fait son grand retour dans le pays, avec l’aide du FIDA.

Passage à l’agriculture biologique: une valeur ajoutée et de nouvelles possibilités

Pour Sao Tomé-et-Principe, le retour à la culture lucrative du cacao reposait sur un ensemble de décisions stratégiques, dont le passage de la production conventionnelle à la production biologique. Cette transition a permis à l’archipel d’accroître la valeur de cette culture centrale, et d’obtenir un produit de haute qualité qui est de plus en plus demandé sur les marchés internationaux.

Il est loin d’être aisé de satisfaire aux directives strictes de la certification biologique, en particulier dans un endroit comme Sao Tomé-et-Principe, pays riche en biodiversité couvert de forêts protégées. Mais avec l’aide du Projet d’appui à la petite agriculture commerciale et du Programme d’appui participatif à l’agriculture familiale et à la pêche artisanale du FIDA, les petits exploitants locaux ont pu se doter des moyens et des compétences nécessaires pour redéfinir leur production.

Le FIDA a fourni un appui par l’intermédiaire de deux coopératives locales de culture du cacao, la CECAB et la CECAQ11, qui ont dispensé une formation aux agriculteurs santoméens sur la transformation de leurs cultures et la mise en place de pratiques durables. Aujourd’hui, le cacao d’origine biologique est cultivé à l’ombre des arbres existants, ce qui évite aux exploitants de devoir défricher et d’ajouter des produits chimiques dans les sols. Des contrôles systématiques de la qualité permettent de vérifier les caractéristiques des fèves de cacao tout au long de leur cycle de vie. Les deux coopératives ont désormais obtenu la certification biologique internationale et répondent aux normes sociales et environnementales ainsi qu’aux normes du commerce équitable. La croissance de la demande internationale de cacao issu de l’agriculture biologique et du commerce équitable, et la qualité et la durabilité des produits santoméens, largement reconnues, ont créé des conditions de marché intéressantes pour les deux coopératives.

© FIDA/Barbara Gravelli

Tirant parti de ces conditions, le FIDA a facilité des partenariats clés entre ces coopératives et les fabricants de chocolat européens. Grâce à ce réseau, les vendeurs de cacao santoméens ont pu négocier des contrats directement avec de grands vendeurs internationaux de chocolats fins. Le produit étant issu de l’agriculture biologique et du commerce équitable, ces contrats doivent stipuler un prix minimum garanti, ce qui réduit les pertes subies par les agriculteurs en cas de fluctuation brutale du cours du produit.

L’établissement de ces accords a également garanti une source de revenus durable aux petits exploitants qui appartiennent à ces coopératives, comme Delfim Fonseca, un producteur de cacao, âgé de 30 ans, devenu membre de la CECAB il y a 10 ans. "Depuis que j’ai rejoint la coopérative, mes revenus ont augmenté et mon niveau de vie s’est amélioré", indique Delfim.

João et Fátima, membres de la CECAB, expliquent quels avantages ils ont tirés de la coopérative.

Au-delà du cacao, de très larges retombées

Le cacao est de loin la première source de revenus provenant des exportations pour Sao Tomé-et-Principe. En 2017, les ventes à l’étranger de fèves de cacao ont atteint 9,5 millions d’USD, soit environ 93% des exportations totales du pays et approximativement 2,4% de son produit intérieur brut. Cela veut dire que les exportations de Sao Tomé-et-Principe ont triplé par rapport à il y a 12 ans, quand le FIDA a commencé à épauler le secteur local du cacao.

En plus d’aider la CECAB et la CECAQ11 à passer à l’agriculture biologique, le FIDA a contribué à accroître leur production totale de 31% et leurs revenus tirés des ventes de 34%. De fait, environ 40% du cacao exporté depuis le pays vient aujourd’hui directement de ces deux coopératives.

© FIDA/Barbara Gravelli

Ces exportations ont garanti un bon niveau de durabilité aux deux coopératives, ce qui a amélioré les moyens d’existence d’un grand nombre de personnes. Chaque coopérative est composée d’associations plus petites qui servent de centres d’activités semi-autonomes, qui collectent des fonds communs pour aider les membres quand ils en ont besoin, raccourcissent les distances à parcourir pour transporter les biens et entretiennent et renforcent les liens entres les agriculteurs et les collectivités. Chaque association peut également compter sur l’appui constant d’un ou d’une technicien(ne) agricole formé(e) dans le cadre de projets auxquels le FIDA contribue.

Plus de 3 300 agricultrices et agriculteurs ont rejoint les coopératives à ce jour et ont désormais des revenus plus importants et plus stables pour soutenir leur ménage, ce qui veut dire que ces coopératives – et l’assistance qu’elles reçoivent du FIDA – ont bénéficié à presque 25% de la population rurale de Sao Tomé-et-Principe.

Aujourd’hui, le pays ne cherche pas à faire concurrence aux pays bien plus grands qui produisent du cacao en quantité; les coopératives locales privilégient plutôt les investissements dans la qualité, une stratégie qui leur a donné un avantage comparatif. Grâce à la valeur de leurs fèves de cacao issues de l’agriculture biologique, les petits exploitants ont obtenu de meilleurs rendements et peuvent mieux planifier leurs moyens d’existence. Le système des coopératives a également facilité l’accès des agriculteurs santoméens au marché, faisant de ce modèle d’activité un exemple réussi de partenariat public-privé-producteurs.