Discours Introductif par Gilbert Houngbo, Président du FIDA, Réunion de restitution de l'évaluation du partenariat entre la France et le FIDA

17 Novembre 2017
Assemblée nationale, Paris

Mesdames et Messieurs les députés,

Chers collègues,
Mesdames et Messieurs,

Vous ne serez pas surpris: mon intention est de démontrer qu'il est de l'intérêt de la France d'être forte au FIDA, et de l'intérêt du FIDA d'avoir la France comme partenaire de référence.

La France et le FIDA partagent une même volonté de mettre fin à la pauvreté et à la faim dans le monde. Il ne s'agit pas là d'une originalité. En revanche, là où nous avons une convergence de vues plus spécifique, c'est sur les moyens pour y parvenir: nous connaissons la valeur de l'agriculture et la nécessité du développement rural.

Or, il y a urgence. Cette année, pour la première fois depuis dix ans, le nombre des personnes qui souffrent de la faim et de la malnutrition a augmenté et est passé de 778 millions à 815 millions de personnes. Cette situation préoccupe énormément les agences onusiennes basées à Rome.

Cette situation n'est pas due à un problème de production au niveau mondial. Elle s'explique surtout par la hausse du nombre des conflits, la question de la  sécheresse et des inondations et globalement le changement climatique.

La pauvreté et la faim – faut-il le rappeler - sont concentrées dans les zones rurales. 80% des personnes les plus pauvres de la planète vivent dans les zones rurales.

Si nous maintenons notre mode et niveau opératoire actuel, d’ici 2030, qui est l'échéance des objectifs de développement durable, il y aura encore 240 millions de personnes extrêmement pauvres et 380 millions de personnes qui souffriront de la malnutrition et de l’insécurité alimentaire.

La demande en produits alimentaires devra augmenter de 60 pour cent d'ici 2050, en raison de l’augmentation de la population - ce qui en soit créé aussi des opportunités au niveau économique et au niveau social.

Il faut donc aider le monde rural. Il faut accroître nos efforts. Je suis convaincu que seul un investissement soutenu de long-terme dans le développement agricole et la transformation rurale – ces deux efforts combinés -  sont des ingrédients sine qua none pour éradiquer la faim et la pauvreté d’ici 2030.

Il faut plus d'investissements, mais il faut aussi réfléchir à un nouveau modèle. Nous devons nous poser la question de savoir : comment être plus efficace? Comment améliorer la gouvernance dans les pays que nous aidons? Et comment renforcer nos partenariats pour une meilleure synergie? Quels sont les instruments financiers innovants qui permettent un meilleur effet de levier sur l'argent du contribuable?

Le FIDA a été créé il y a 40 ans. Nous avons un statut unique. Nous sommes évidemment  une institution spécialisée des Nations Unies et en même temps nous sommes une institution financière internationale. 95% de notre portefeuille est constitué de prêts souverains qui sont utilisés pour le monde rural.

Nous avons  un mandat très ciblé. Nous nous  focalisons sur les personnes les plus pauvres et les personnes qui souffrent de la faim dans les zones rurales. Nous soutenons les petits agriculteurs, ceux avec en moyenne deux hectares de production. J'insiste sur ce point: la spécialisation du mandat n'est pas simplement anecdotique. Nous ne faisons pas ce que d'autres font mieux que nous; et nous sommes les seuls par contre à être dans les zones les plus reculées. Lorsque j'ai pris mes fonctions le 1er avril, il y a environ sept mois, mes collègues m’ont dit: le FIDA est plus connu dans le monde rural que dans les capitales. Pour visiter un projet du FIDA il faut aller dans la capitale, ensuite conduire trois à quatre heures sur une route pavée, dépasser les ambassades, les ONG et continuer sur la route non bitumée deux à trois heures, et à partir du moment où il n’y a plus d’électricité, faites bien attention, vous verrez une petite pancarte FIDA. Je l’ai vu en Ouganda, en Zambie.

Nous voulons aider à produire davantage, à gérer durablement les ressources naturelles, à créer des petites entreprises, mais aussi accroître l’accès aux marchés en faisant le lien entre les petits producteurs et les chaînes de valeur au niveau agricole.

Nous accordons des prêts concessionnels. Les deux tiers de nos prêts sont à taux très  concessionnels, c'est-à-dire que nous ne prenons que des frais de gestion de 0,75 pour cent et un taux d'intérêt de zéro avec une période de grâce de 10 ans et un remboursement échelonné sur 40 ans. C'est pratiquement du don. Ce modèle permet d’augmenter la prise en charge des pays et des communautés et cela permet d’avoir des reflux financiers au bout de 20 ans. Même si nous avons eu à rééchelonner des prêts,  nous n’avons jamais eu à faire face à des défauts de paiement en 40 ans.

Cela nous permet aujourd’hui avec un euro du contribuable de créer un effet multiplicateur avec un prêt de 3 euros. Quand nous ajoutons la participation des pays - car nous insistons sur le co-financement de nos pays membres – nous passons de trois dollars à sept. Donc avec un euro du contribuable, nous avons un investissement de 7 euros. C'est un modèle que nous continuons à promouvoir.

Les  évaluations indépendantes de notre impact montrent qu'entre 2010 et 2015 140 millions de petits producteurs ont bénéficié des services du FIDA.

• 43 millions de personnes ont vu leur revenu agricole augmenter.
• 24 millions sont sortis de la pauvreté.

La France est un contributeur historique du FIDA. La France nous a soutenu depuis le début.  La France a une équipe excellente à Rome, avec des membres d’une grande expérience et d'un grand dynamisme. La France a toujours a été proche du FIDA en raison des objectifs que nous partageons.

Il y a aussi des thèmes d'intervention qui nous rapprochent: non seulement la lutte contre le changement climatique – la COP vient de finir -, la question de l'autonomisation des femmes, la question de la jeunesse, la question de l'Afrique.

Je mentionne l'Afrique et j'aimerais dire un mot sur nos priorités géographiques. Il faut savoir que 50% de notre portefeuille est en Afrique et 45% sont consacrés à Afrique Subsaharienne.

Par ailleurs, 90% de notre portefeuille - c’est un sujet sur lequel la France a joué un rôle de leader - doit aller aux pays à faible revenu et aux pays à revenu intermédiaire de la tranche inférieure. C’est un paramètre important. Nous utiliserons les 10% restants pour les pays à revenu intermédiaire de la tranche élevée pour créer un effet de levier et assister ces pays en mettant à disposition l’expertise du FIDA et nous assurer qu’il n’ y ait pas de rupture.

Un mot sur la jeunesse que j’ai évoquée auparavant. En Afrique, chaque année 10 millions de jeunes arrivent sur le marché du travail. La forte augmentation de la demande en produits alimentaires – souvent à valeur ajoutée- offre des opportunités immenses.

C’est pour cela qu’au début de l’année prochaine, en 2018, nous lancerons ce que nous appelons le SIF. C’est un fonds d’investissement. En plus des fonds souverains, ce que nous voulons maintenant c’est pouvoir faire des prêts directs, des prêts d’un montant de moins d'un million. L’objectif ici est d’aider les petits producteurs et d’encourager les jeunes à s’organiser en petites associations, en coopératives et d'investir directement et en complémentarité avec les prêts souverains. 

La faim augmente à nouveau dans le monde, les ODD sont très ambitieux et tout le monde entend parler de la question de la jeunesse et de l'immigration. Comment pouvons-nous apporter notre pierre à la construction d'un avenir sur le long terme pour faire en sorte que l’immigration soit un choix plutôt qu’une nécessité? Aujourd'hui, nous sommes décidés à augmenter l’impact des activités du FIDA.

Nous estimons aujourd’hui que nos pays emprunteurs accepteraient des financements pour un montant de 6 milliards de dollars dans le cadre de notre Programme de prêts et dons.

Notre portefeuille est de 3,2 milliards et donc nous visons une augmentation à minima de 10%, soit 3,5 milliards pour la période 2019-2021. Vu le rôle historique qu’a joué la France, non seulement à l’intérieur du FIDA et mais aussi au sein du G7 et de l’Union européenne, vous ne serez pas surpris de m’entendre dire que nous attendons énormément et souhaitons que la France continue à jouer son rôle de leader.

Je voudrais terminer et dire un mot aussi sur la façon dont nous voyons la coopération avec le secteur privé. Vu notre expérience comme institution financière et que nous visons la tranche de la population laissée pour compte que  les banques régionales n’arrivent pas à viser, pour nous il est très important de pouvoir servir de catalyseur et que le secteur privé puisse investir directement, mais aussi mettre à disposition les technologies à des prix modérés et accessibles. Une coopération accrue est donc nécessaire.

Le prêt de 200 millions d'euros accordé par l'AFD en mars dernier est un jalon très important dans notre stratégie de diversification. La France a soutenu avec d'autres pays le principe selon lequel le FIDA peut emprunter pour augmenter sa force de frappe.

Je suis convaincu que d’ici trois ans le FIDA sera prêt, sous réserve de l’autorisation de conseil d’administration et si les conditions des marchés le permettent, à accéder aux emprunts obligataires sur les marchés.

Je vous remercie.