De participante à membre d’équipe de projet: portrait de Priscilla Torres

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De participante à membre d’équipe de projet: portrait de Priscilla Torres

La région du Haut-Takutu-Haut-Essequibo, qui se trouve dans une partie reculée du sud-ouest du Guyana, à proximité de la forêt amazonienne, ne compte guère plus de 20 000 habitants. Wowetta est l’un des quelques villages amérindiens dispersés dans cette région de prairies, dans laquelle les peuples autochtones Wapishana, Macushi, Arawaks et Patomanas cohabitent depuis des décennies et tirent leur subsistance de l'agriculture et de la pêche.

Bien qu’aucune carte sur Internet n’indique ce petit village, il est le centre du monde pour Priscilla Torres. Cette femme wapishana âgée de 37 ans, mère de trois enfants, très active et au franc-parler, est une dirigeante communautaire née.

Priscilla s’est engagée dans cette voie il y a 10 ans, après avoir remarqué que trop de membres de la communauté quittaient cette dernière pour aller chercher du travail, généralement juste de l'autre côté de la frontière au Brésil. Ayant constaté les effets de cette migration sur son village, elle a voulu agir pour la décourager; elle a donc entrepris de regrouper les femmes de son village pour former une association agricole.

À terme, cette dernière est devenue l’Association agroalimentaire des femmes de Wowetta (Wowetta Women’s Agroprocessors), qui compte 48 membres représentant pratiquement toutes les femmes adultes du village. En 2008, elle a élu Priscilla en tant que sa première présidente.

Après s’être essayée à plusieurs cultures, l'Association a découvert que la transformation du manioc était l'activité qui lui convenait le mieux. Au départ, elle a poursuivi ses opérations dans un très vieux moulin à manioc traditionnel. Elle produisait principalement de la farine (farine de manioc cuite) car celle-ci était l'article le plus demandé, mais aussi des biscuits de manioc qu’elle fournissait, entre autres produits, à l'école du village pour des repas scolaires chauds.

En 2010, l'Association a bénéficié de formations consacrées à l'entrepreneuriat et aux bonnes pratiques de production et de commercialisation dans le cadre du Projet à l'appui de l'entreprise rurale et du développement agricole (READ) financé par le FIDA. Ces séances ont contribué de manière fondamentale à l'augmentation des revenus des petites entreprises de ses membres. Fait plus important comme le note Priscilla, "elles nous ont permis d’évoluer en tant que personnes et en tant qu'organisation. Elles nous ont donné confiance en nous et nous ont aidé à associer d'autres femmes."

Membres de l’Association agroalimentaire des femmes de Wowetta au travail dans le nouveau moulin à manioc (Photo reproduite avec la permission de Priscilla Torres)

Priscilla savait toutefois que le groupe pouvait faire plus – elle a donc continué de travailler, et aussi d’organiser et d’encourager les autres membres de l'Association. De fait, au fil des ans, cette dernière a reçu des financements supplémentaires de l'État guyanien et de bailleurs de fonds internationaux, qui lui ont permis de construire un moulin à manioc moderne totalement équipé. Elle peut maintenant produire jusqu'à 750 kilogrammes de farine en quatre heures, dont elle tire entre 200 000 et 300 000 dollars guyaniens (950-1 400 USD).

"Cette activité est devenue la principale source de revenus du village, en particulier pour les femmes et les jeunes", explique Priscilla. "Elle donne de si bons résultats que le nombre des migrants a diminué au cours des huit dernières années et que certaines personnes sont même rentrées du Brésil pour participer à l'effort de développement communautaire."

Cela n'a toutefois pas été facile. "Au départ, la communauté ne nous a guère soutenues" indique Priscilla. "Nous avons toutefois toutes persévéré, nous sommes restées fortes et résolues et le conseil du village a fini par décider que nous méritions son appui."

Nombreux sont ceux qui, ayant accompli ce qu’a fait Priscilla, s’estimeraient satisfaits. Forte de son expérience, Priscilla s’est, quant à elle, sentie maîtresse de son destin – et prête à continuer d’agir pour améliorer la situation des membres de sa communauté.

Priscilla a travaillé pendant six ans avec le Bureau des affaires autochtones (Indigenous Peoples Affairs Agency) tout en poursuivant son action dans le cadre de l’Association agroalimentaire des femmes de Wowetta. En 2016, elle a entendu parler d'un nouveau projet financé par le FIDA, appelé HESAD, lors d'une conférence régionale de Toshaos (autorités traditionnelles autochtones), et a voulu savoir comment ce dernier pourrait aider sa communauté à réaliser des progrès.

De fait, le projet visait également à déterminer comment il pourrait aider cette dernière. Les compétences de chef de file de Priscilla étant bien connues dans toute la région, le poste de facilitatrice de terrain lui a été proposé dans le cadre du projet – poste parfaitement adapté aux compétences qu'elle ne cessait de renforcer depuis qu'elle avait entrepris d’organiser la collaboration des femmes de son village. 

Priscilla (deuxième en partant de la droite) pose pour une photo prise avec des étudiants de l’Université du Guyana (Photo reproduite avec la permission de Priscilla Torres)

En sa qualité de facilitatrice de terrain, Priscilla a pour fonction d'aider les communautés à formuler des idées de projet en vue de leur soumission à l'équipe chargée du HESAD qui décide alors si elle les financera ou non. Priscilla a travaillé à toutes sortes de projets – de l'élevage de volaille à l'écotourisme et à bien d'autres initiatives– mais toujours dans une optique de développement. Elle s'intéresse à tout ce qui peut permettre de dégager des revenus, de créer des emplois, ou d'accélérer le développement dans toute la région.

Priscilla parle avec fierté des possibilités que lui offre ce poste. "Je travaille avec les communautés, avec les Toshaos et les conseillers des villages et avec d'autres personnes qui ont beaucoup d’idées, comme les agents sanitaires et les enseignants. Cela me permet vraiment d’apprendre, d’évoluer et d'aider les membres de ma communauté. "

Ses activités permettent aussi à Priscilla de forger des alliances en dehors de sa communauté. Elle a établi de solides rapports avec le conseil démocratique régional, le Ministère des finances et le Ministère de l'agriculture. Bien qu'elle soit à présent très occupée, elle n'oublie pas d'où elle vient. Elle travaille toujours avec l’Association agroalimentaire des femmes de Wowetta et est la secrétaire de son conseil d'administration.

Priscilla sait que, pour réussir, les initiatives de développement doivent associer les populations locales. "J'ai pu voir à quel point il est important de travailler avec différents groupes, comme les jeunes, les femmes et les personnes âgées, en leur permettant de pleinement participer au processus de planification. Cela permet de faire participer 90% des membres de la communauté, et cela est essentiel."

Il est courant de se tourner vers les grandes personnalités historiques comme source d’inspiration. Le FIDA n’est guère différent, mais il se tourne aussi vers les Priscilla de ce monde, car c'est d’elles, du facteur humain, que dépend fondamentalement le succès de ses projets.

En savoir plus sur l'action du FIDA au Guyana.