La taille unique ne va pas à tout le monde: concevoir une assurance climatique adaptée à chacun

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La taille unique ne va pas à tout le monde: concevoir une assurance climatique adaptée à chacun

Une agricultrice à Mbale. ©Fiona Lambe (SEI)

Les pluies diluviennes qui se sont abattues pendant plusieurs semaines sur le district de Mbale, dans la région Est de l’Ouganda, ont provoqué des inondations qui ont contraint des centaines de personnes à quitter la région, détruit les habitations et les routes, et emporté dans leurs flots les espoirs et les rêves.

Accablés sous le poids des préoccupations, Andrew, Betty et Charles, trois petits exploitants agricoles de Mbale, ont vu leurs cultures vivrières disparaître sous la boue. La récolte sera maigre, voire inexistante: l’eau aura de toute façon noyé les racines des plants qui survivront aux inondations, retardant leur croissance et réduisant leur rendement. Argent, temps, travail : tout ce que leur ont coûté les semences et les semailles partira également à vau-l’eau.

Les changements climatiques s’accompagnent d’une augmentation de l’intensité et de la durée de la saison humide et de la saison sèche dans les pays tropicaux, qui connaissent désormais régulièrement des catastrophes telles que ces récentes inondations. 

L’assurance basée sur un indice climatique permet de protéger les petits agriculteurs exposés à des catastrophes d’origine climatique et de les aider en leur garantissant les moyens d’acheter de la nourriture en cas de mauvaise récolte et en leur donnant la confiance nécessaire pour investir. Toutefois, si, sur le papier, il paraît logique de proposer une assurance basée sur un indice climatique aux petits exploitants à faible revenu, la pratique laisse encore fort à désirer. Le fait est qu’en définitive seuls les plus fortunés d’entre eux sont assurés.

Ainsi, Betty vient de s’installer à Mbale. Elle n’est pas propriétaire de ses terres et ne cultive que du café : elle n’a pas les moyens de se payer la même assurance qu’Andrew, agriculteur aisé qui possède et loue plusieurs terrains, diversifie ses cultures et élève des vaches, des poules et des chèvres. Quant à Charles, lui aussi propriétaire de ses terres, son exploitation est plus petite que celle d’Andrew mais, à la différence de Betty, il cultive du manioc, des bananes et des arachides en plus du café. Il est également membre de plusieurs associations ou clubs d’épargne et de prêts. Pour autant, Charles ne souhaite pas dépenser autant qu’Andrew en assurance, car il travaille aussi dans une manufacture de savon des environs.

Alors, comment créer un produit d’assurance climatique qui convienne à chacun de ces trois agriculteurs?

La conception de services sur mesure nous aide à mieux comprendre les besoins, les motivations et les comportements d’une population donnée afin de traduire ces éléments complexes en solutions concrètes. Si cette démarche a déjà été mise en œuvre avec succès pour guider l’action des pouvoirs publics en Europe et en Amérique du Nord, elle ne s’est pas encore imposée dans le domaine du développement international. C’est pourquoi des chercheurs du Stockholm Environment Institute (SEI) ont mis au point une méthode tout spécialement adaptée à l’action en faveur du développement.

Les chercheurs du SEI ont utilisé cette méthode à Mbale pour cartographier les interactions entre les agriculteurs et leur entourage, et les conséquences qu’a pour eux telle ou telle situation. Cette étude leur a permis de définir trois agriculteurs-types (Andrew, Charles et Betty), qui se distinguent par leur capacité de faire face aux risques (forte, modérée ou faible).

S’appuyant sur cet éclairage nouveau, les chercheurs ont mis au point au côté des agriculteurs un produit d’assurance sur mesure, modulable et adapté aux besoins et aux capacités des bénéficiaires à qui il s’adresse. Ainsi, les exploitants appartenant à la même catégorie qu’Andrew se sont vu offrir une couverture complète.

Pour les agriculteurs plus vulnérables et pauvres, comme Betty, la formule proposée consistait en une assurance abordable visant à les protéger contre la faim, associée à un plan d’épargne dont des sommes leur seraient versées à des moments critiques du cycle annuel. Ces agriculteurs seraient également invités à participer à des activités collectives organisées au niveau local pour les aider à renforcer leur insertion sociale, facteur de résilience décisif.

Enfin, pour les agriculteurs comme Charles, la solution proposée couvrait les sommes dépensées en semences, en engrais et en pesticides. Elle était également associée à un plan d’épargne et à des versements effectués à certains moments de l’année pour les protéger contre la faim.

Les expériences sur le terrain et les concertations avec les parties prenantes menées par la suite ayant démontré que les solutions proposées étaient tout à fait pertinentes, les conclusions de cette étude servent aujourd’hui de point de départ à la mise au point d’une assurance climatique pour les petits exploitants qui va être testée au niveau national en Ouganda.

 

 

Les recherches du SEI sur la conception de services sur mesure et d’autres solutions d’adaptation aux changements climatiques et de gestion des risques seront présentées lors d’une activité d’apprentissage qui se tiendra le 23 janvier 2020 au siège du FIDA. Cette activité est organisée avec l’aide de la Swedish International Agriculture Network Initiative (SIANI), espace de communication en réseau consacré à la sécurité alimentaire et au développement agricole.

En savoir plus sur l’Initiative du SEI sur les comportements et les choix.

Ekaterina Bessonova est chargée de communication au SEI et responsable des communications numériques de la SIANI.