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Faire le lien entre fermes, familles et écoles au Guatemala

15 mars 2021

Beaucoup de Guatémaltèques souffrent de la faim ou d’insécurité alimentaire. Selon le dernier rapport Panorama, en 2019, environ 45% de la population était concernée par l’insécurité alimentaire, et 16% connaissait la faim. Cette situation est particulièrement préoccupante pour les enfants. Trop souvent, ne pas manger à leur faim affaiblit les enfants qui se retrouvent incapables de se concentrer à l’école, et cela compromet leur développement physique et leur épanouissement intellectuel.

Pour s’attaquer à ce problème, le Guatemala a adopté en 2017 une nouvelle loi sur la nutrition en milieu scolaire. Celle-ci a pour objet de garantir des aliments adéquats et nutritifs aux élèves des écoles du pays – et prévoit qu’au moins 50% de ces aliments soient achetés auprès d’exploitants familiaux locaux.

Son entrée en vigueur l’année suivante a eu des effets changements radicaux, avec la mise en œuvre d’une multitude de réformes et la multiplication par quatre des dépenses publiques relatives aux repas scolaires. Ces changements ont été si rapides que ni les écoles, ni les exploitants, ni même les parents n’étaient en mesure de se conformer à toutes les dispositions de la loi et d’atteindre tous les objectifs prévus.

Début 2019, en coordination avec le Ministère de l’éducation, le Ministère de l’agriculture et de l’élevage et les autorités locales du Guatemala, le FIDA et les autres organismes partenaires ayant leur siège à Rome ont lancé un programme pilote visant à aider les exploitants et les établissements scolaires guatémaltèques à tirer parti au maximum des avantages attendus de la mise en œuvre de la loi. Le programme est en cours dans trois des départements du pays (Alta Verapaz, Chiquimula et San Marcos), et les meilleures pratiques tirées de son exécution devraient par la suite être transposées à l’échelle nationale.

Au début de 2020, la COVID-19 a entraîné une modification de nombreuses activités du projet afin de se conformer aux directives nationales de sécurité. Toutes les activités du programme ont néanmoins continué de profiter aux familles et aux exploitants jusqu’à présent. Nous nous sommes entretenus avec plusieurs participants du département de San Marcos pour en savoir plus sur le fonctionnement du programme sur le terrain et sur la situation actuelle.

Les membres de l’association des parents d’élèves de l’école San José de Granados organisent une journée de distribution de nourriture

Avantages pour les exploitants et les écoles

« Il y a sept ans, la malnutrition était très répandue dans cette communauté », se souvient Yulissa Morales, présidente de l’association des parents de l’école San José de Granados à San Antonio Sacatepéquez.

Désormais, le programme pilote permet de servir des repas équilibrés à plus de 12 000 enfants dans 60 écoles de 20 municipalités.

Le programme s’adresse directement aux écoles et aux associations de parents, offrant des formations dans tous les domaines, de la planification des menus à la gestion des achats d’aliments.

« Avec les enseignants, nous examinons les commandes, les prix et les devis des fournisseurs; nous vérifions les livraisons et nous assurons que la nourriture est de bonne qualité; et nous élaborons le meilleur menu possible », explique Yulissa.

Grâce à un approvisionnement régulier en aliments sains et sûrs, les élèves ont tous les repas nutritifs nécessaires à leur épanouissement. Le programme profite également aux plus de 1 600 exploitants familiaux qui y participent.

« Nous avons la garantie d’une commande fixe », affirme Francisco Mejía, un exploitant de la communauté de La Felicidad. « Contrairement aux prix qui chutent parfois sur le marché, les prix des commandes scolaires sont fixés pour une certaine période. Cela nous permet de planifier notre travail et d’anticiper nos revenus. »

La loi de 2017 donne la priorité à un ensemble de 15 à 20 cultures destinées à être vendues aux écoles, mais de nombreux exploitants locaux ne cultivent que quatre à huit cultures. Grâce au réseau d’approvisionnement créé dans le cadre du programme des organismes ayant leur siège à Rome (OSR), les exploitants ont pu se concerter pour tirer le meilleur parti des possibilités ouvertes par le texte de loi.

Des enseignants et des parents bénévoles préparent des sacs de produits frais à l’intention des familles

Dans le cadre du programme des OSR, les exploitants locaux ont accès à des formations dans toute une série de domaines, comme les bonnes pratiques agricoles, la gestion post-récolte et la commercialisation des produits.

La famille de Francisco pratique désormais la rotation des cultures, alors qu’elle aurait par le passé – comme beaucoup d’autres exploitants de la région – cultivé uniquement du maïs. « Le Ministère de l’agriculture nous a apporté une aide constante grâce à des conseils concernant nos cultures, les bonnes pratiques et les questions de gestion », déclare-t-il. « Si Dieu le veut, nous passerons en fin de compte à l’agriculture biologique. »

Les formations portent même sur la comptabilité et la tenue des livres de comptes. La loi de 2017 a introduit toute une série d’exigences complexes en matière de fiscalité et de documentation applicables aux exploitants participants – et, comme l’explique Miguel García, un conseiller comptable local, de nombreux exploitants ne savaient pas comment tenir leurs registres au début. Miguel García et d’autres comptables participant au programme ont assuré une formation en la matière.

Le programme ne profite pas seulement aux 1 600 fournisseurs de l’école, mais aussi à de nombreux autres exploitants de la région.

« Il a contribué à créer des emplois dans ma communauté », explique Ovidio Cardona, un exploitant de l’établissement Vista Hermosa à San Antonio Sacatepéquez. « Lorsque ma famille ne peut pas m’aider, je paie deux personnes pour m’aider à distribuer mes produits dans les écoles. »

Avant la pandémie, des groupes de parents bénévoles dévoués se rendaient dans les cuisines des écoles pour y préparer des repas. Tous les ustensiles et le matériel de cuisine nécessaires à la préparation d’un repas nutritif leur étaient fournis grâce au programme des OSR.

Karen Kestler, du Programme alimentaire mondial, nous explique que les groupes se relayaient pour que chaque parent apprenne à préparer chaque plat des menus. Selon elle, c’est ce degré de participation de la communauté qui fait la particularité de ce programme.

Après des heures de préparation minutieuse, les paquets de produits frais et locaux sont prêts à être récupérés par les familles des élèves

La fraîcheur du terroir chez soi: adaptations aux mesures de sécurité prises au Guatemala

Si les écoles guatémaltèques sont maintenant fermées et que leurs cuisines sont désertes, les livraisons d’aliments frais en provenance des exploitants locaux n’ont pas cessé pour autant. Au lieu d’être préparés dans les écoles, les produits sont désormais collectés par les parents d’élèves qui les cuisinent ensuite chez eux.

« Le programme s’est parfaitement adapté au contexte de la COVID-19 et continue de réaliser ses objectifs », déclare Oscar Grajeda, chargé d’appui au programme de pays du FIDA pour le Guatemala.

Toutefois, beaucoup attendent avec impatience un retour à la normale.

« J’aimerais que le programme reprenne son fonctionnement d’avant, car les enfants me manquent », déclare Ovidio avec une pointe de nostalgie. « Chaque fois que j’arrivais dans une école, les enfants me demandaient: “Don Ovidio, qu’est-ce qu’on mange aujourd’hui?” Et je leur récitais le menu par cœur. Je suis peiné de ne plus voir les enfants et de ne plus les entendre. »

En dépit des difficultés, le programme pilote des OSR a permis d’assurer un approvisionnement régulier en aliments frais et nutritifs à des milliers d’écoliers guatémaltèques. Cette réussite n’est pas des moindres – et alors que le Guatemala entame le long processus de reprise et de reconstruction, les activités du programme jettent les bases d’un avenir plus sain au profit des écoliers.

Découvrez l’action du FIDA au Guatemala.