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Pour verdir le Sahel, nous avons besoin de programmes ambitieux et de gestes simples

08 janvier 2021
© FIDA/Barbara Gravelli

Le meilleur moyen de faire fleurir le désert est de creuser un trou – pas un puits, mais une fosse peu profonde dans le sol sablonneux, à peu près de la largeur de votre avant-bras. Ensuite, ajoutez du fumier, plantez vos graines et attendez les pluies.

L’utilisation de fosses de plantation est une technique agricole ancienne, mais aussi un excellent moyen de retenir l’humidité. C’est pourquoi, récemment, elle a été remise au goût du jour dans les zones arides d’Afrique, notamment au Sahel, vaste ceinture de terres semi-arides qui sépare le désert du Sahara des prairies plus humides au sud.

Les modèles climatiques témoignent de l’assèchement du Sahel. La désertification progresse et gagne des dizaines de milliers de kilomètres carrés de terres chaque année, les rendant inutilisables pour les cultures et le bétail. La région subit en outre de fréquentes sécheresses, qui compromettent les récoltes. Les pénuries alimentaires qui en résultent viennent aggraver les problèmes de pauvreté et de malnutrition. Pire encore, la déforestation réduit la couverture arborée et buissonnante de la région, détériorant la qualité des sols et épuisant les réserves d’eau souterraine.

Pour lutter contre la dégradation des terres, l’Union africaine a lancé en 2007 l’initiative Grande Muraille verte, qui consiste à planter une dense ceinture d’arbres d’un océan à l’autre sur le continent. En 2015, dix pays africains ont signé l’Initiative pour la restauration des paysages forestiers africains, qui prévoit la remise en état de 100 millions d’hectares de terres d’ici à 2030.

De tels programmes sont indispensables pour mener une action à grande échelle. Toutefois, ils ignorent parfois une dimension essentielle: les petits producteurs agricoles, qui vivent au quotidien les effets de la désertification et utilisent souvent des méthodes éprouvées qui méritent une prise en compte attentive.

Le FIDA lutte contre la désertification aux côtés des paysans africains depuis les années 1980. Nous savons combien les actions menées auprès des communautés locales peuvent avoir des bénéfices considérables.

Ainsi, dans la région de Tahoua, dans le sud-ouest du Niger, les méthodes traditionnelles de collecte de l’eau sont utilisées depuis des décennies pour restaurer efficacement et durablement les terres dégradées. Entre 1988 et 1995, le FIDA a encouragé les agriculteurs de la région à planter leurs cultures dans des fosses peu profondes ou en demi-lunes, de manière à capter l’eau grâce des barrières semi-circulaires de terre surélevées sur des terrains en pente. Au cours des huit années du projet, près de 6 000 hectares de terres fortement dégradées ont été restaurés.

©FIDA, FAO, PAM (RBA)/Barbara Gravelli

Les exploitants des régions avoisinantes, constatant l’efficacité de cette méthode, ont appliqué les mêmes techniques de plantation. Voyant les rendements des cultures augmenter, les villageois ont acheté d’autres terres dégradées pour les restaurer, accroissant ainsi leur valeur et créant une demande de terres sèches. Parallèlement, de nombreuses familles qui ne parvenaient autrefois à produire que la moitié des quantités de céréales dont elles avaient besoin dégagent aujourd’hui des excédents de manière régulière.

Surtout, ces avancées perdurent depuis plusieurs décennies. En 2019, en visitant Illela, dans la région de Tahoua, nous avons constaté que les exploitants locaux utilisaient les méthodes de récupération de l’eau mises en place des années auparavant et que ces techniques étaient toujours appliquées par d’autres agriculteurs.

La communauté internationale est largement consciente de la nécessité d’agir pour faire cesser la désertification du Sahel. La disparition des cultures et des pâturages menace non seulement la survie des communautés locales, mais aussi celle du monde dans son ensemble. Grâce à l’amélioration du couvert végétal et à la remise en état des terres agricoles, le Sahel pourra devenir un espace naturel plus sain, plus résistant aux chocs climatiques et plus riche en biodiversité, et ses habitants pourront produire davantage de nourriture et bénéficier de plus grands volumes d’eau.

Le succès de ces initiatives repose sur une combinaison de grands projets et d’une multitude d’actions locales à petite échelle. Conscient du rôle central des agriculteurs familiaux de la région dans cette dynamique, le FIDA se réjouit de pouvoir collaborer avec eux et de les accompagner au cours des années à venir.

En savoir plus sur l'action du FIDA pour reverdir le Sahel