Sauver la nature et les revenus: retour d’expérience en Zambie

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Sauver la nature et les revenus: retour d’expérience en Zambie

© FIDA / Jeremy Hartley

La Journée mondiale de l’environnement a vocation à sensibiliser l’opinion aux questions environnementales et à encourager l’adoption de mesures de protection. Intitulé "Le temps de la nature", le thème de cette année entre en parfaite résonance avec le travail que nous menons au FIDA sur des questions relatives à l’environnement et aux changements climatiques.

De toutes les forces contribuant aux changements climatiques et à la perte de biodiversité, la déforestation est une des plus grandes. Outre qu’elle détruit des écosystèmes et des habitats indispensables à la faune sauvage, met à mal les moyens d’existence des populations et réduit la séquestration du carbone, la déforestation freine le cycle naturel de l’eau, qui circule du sol aux végétaux puis à l’atmosphère, faisant ainsi baisser l’humidité atmosphérique et risquant d’empêcher la formation de précipitations. Une couverture forestière suffisante réduit également l’écoulement des eaux de pluie, ce qui limite l’érosion et la pollution des cours d’eau ainsi que les effets des inondations.

Cela vaut particulièrement pour la Zambie, où la déforestation entraîne la disparition de 250 000 à 300 000 hectares de couverture forestière par an. Au fil des années, les provinces zambiennes de Luapula et de Muchinga et la province septentrionale du pays ont été le théâtre de campagnes de déforestation et de destructions forestières de grande ampleur, du fait principalement de l’extraction de bois, de la production de charbon de bois, de l’expansion agricole, du développement d’infrastructures et des incendies. Ces activités étaient autant de stratégies de survie nécessaires pour des villageois indigents parvenant difficilement à joindre les deux bouts. La production de charbon de bois est toutefois l’une des causes principales de la perte de carbone.

En Zambie, on ne peut lutter efficacement contre la déforestation en se focalisant uniquement sur les grands propriétaires terriens et l’industrie. En effet, les petits exploitants agricoles sont responsables de 60% des pertes forestières enregistrées chaque année et doivent également être mis à contribution si l’on veut trouver une solution.

Afin de mobiliser les petits agriculteurs, le Gouvernement de la République de Zambie a conclu, par l’intermédiaire du Ministère de l’agriculture et avec le concours du FIDA, un accord de partenariat avec les organisations Community Markets for Conservation et Total LandCare en vue de fournir des services agricoles et des prestations de conseil, notamment la promotion de moyens de subsistance viables, dans le cadre de la mise en œuvre du Programme d’amélioration de la productivité des petits exploitants (S3P) dans les trois provinces susmentionnées. Les interventions ont entre autres consisté à expliquer aux petits agriculteurs comment protéger les forêts et enrayer la déforestation tout en assurant durablement leur propre subsistance.

Diverses interventions menées auprès de petits exploitants agricoles ont permis de réduire la déforestation. Axé sur des mesures à court terme porteuses de profonds changements, telles que la réduction des taux de consommation de bois, l’adoption de méthodes d’abattage des arbres moins destructrices et la promotion de pratiques favorisant la régénération naturelle, le projet a mis l’accent sur:

  • La diversification des cultures. Les incitations financières visant à encourager la diversification des cultures vivrières ont conduit à une diminution de la culture du coton. Ces mesures permettent généralement de réduire sensiblement les pertes de couverture forestière en diminuant les surfaces à déboiser pour être mises en culture. La diversification par l’ajout de nouvelles cultures comme celle des légumineuses et l’amélioration de la rotation des cultures ont rétabli la fertilité des sols tout en écourtant les périodes de jachère et en rendant moins nécessaire pour les petits agriculteurs de couper des arbres.
  • Les ruches écologiques. À ce jour, plus de 7 000 ruches et de 12 000 ruches-troncs ont été fabriquées par des agriculteurs pratiquant l’apiculture à petite échelle. Ces ruches réduisent la nécessité d’abattre des arbres pour y récolter du miel sauvage et permettent d’engranger des revenus autrement que par la production de charbon de bois.
  • Les fourneaux écologiques. En tout, 5 723 ménages de la région utilisent désormais un fourneau non polluant (poêle de masse), ce qui a entraîné une baisse de la consommation de bois de 1,95 tonne par an et par foyer et, partant, une réduction de 30 à 50% des récoltes de bois non durables. Cela équivaut à une diminution des émissions de dioxyde de carbone de trois tonnes par ménage et par an comparativement aux foyers ouverts.
  • Les systèmes agricoles durables. Grâce à un solide encadrement de la gestion forestière, les ménages ont abandonné la méthode chitemene de culture sur brûlis au profit de technologies et de pratiques agricoles améliorées permettant d’accroître les rendements et de réduire la déforestation.

Ont également été entreprises dans le cadre du programme les activités suivantes, inscrites dans une perspective de plus long terme:

  • La régénération et la gestion naturelles des terres boisées. Afin de répondre durablement au besoin de bois comme source d’énergie et matériau de construction, des essences variées d’arbres ont été plantées dans des sols dégradés à flanc de coteau et en bordure de rivière et de route, ainsi que dans des jardins privés.
  • L’agroforesterie. Cette technique de gestion des terres consiste à faire pousser des arbres et des arbustes à proximité des cultures afin d’accroître la biodiversité et de réduire l’érosion. Les coopératives agricoles de toute la région ont déployé cette activité à grande échelle en mettant en terre un total de 1 076 000 jeunes plants de Gliricidia.

Même si les activités menées dans le cadre du S3P ont été largement couronnées de succès, il convient de noter que les programmes de reforestation se heurtent en général à une multitude de difficultés: ils sont onéreux et subissent souvent les effets des sécheresses, des maladies, des incendies, des déprédations des termites et d’autres animaux et d’une mauvaise gestion à différents stades du cycle. Pour obtenir des résultats optimaux, il est indispensable de garder bien présentes à l’esprit des considérations essentielles, telles que la sélection réfléchie des essences, les soins à apporter aux pépinières ainsi que le moment et la méthode choisis pour procéder à la plantation. Qui plus est, les populations comme celles du nord de la Zambie, dont beaucoup parviennent tout juste à assurer leur subsistance et ne disposent pas des ressources matérielles nécessaires pour reconstituer les forêts disparues au fil du temps, ont besoin d’un soutien ciblé.

Cependant, de telles mesures de renforcement des capacités donnent à ces populations les moyens d’œuvrer activement à la réussite du projet, qu’il s’agisse de sélectionner des arbres adaptés à leur région écologique ou de définir des activités rémunérées non traditionnelles viables. Ces efforts inclusifs visant à rétablir l’écosystème répondent à l’intérêt de la population, et les résultats obtenus jusqu’à présent confirment que les petits exploitants agricoles ont un rôle essentiel à jouer dans la réduction de la déforestation.

Après tout, selon les termes du lauréat du Prix Goldman pour l’environnement, Wangari Maathai, "l’avenir de la planète nous concerne tous, et chacun d’entre nous devrait faire son possible pour la protéger. Comme je l’ai dit aux forestiers, et aux femmes, on n’a pas besoin de diplôme pour planter un arbre."

En savoir plus sur l'action du FIDA en Zambie.