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Un concours photo montre l’image que les jeunes ruraux en Amérique latine et dans les Caraïbes ont d’eux-mêmes

Nous n’avons pas si souvent l'occasion de voir quelle perception les habitants des zones rurales ont d’eux-mêmes. Les organisations internationales comme la nôtre s'arment d'appareils photo, de stylos et d’ordinateurs portables pour raconter la vie de ces communautés. Elles le font, à l’évidence, dans une optique qui est la leur, qu’il est bon de comparer à celle de ces populations, à la réalité de leur vie et à la manière dont elles la conçoivent, telles qu’elles l’expriment et qu’elles la voient.

Cela vaut tout particulièrement pour les jeunes ruraux, qui sont souvent insuffisamment représentés dans les instances de décision des organisations de producteurs et ont moins de possibilités de subvenir à leurs besoins en poursuivant des activités agricoles ou économiques dans le secteur.

Le concours photo intitulé Les jeunes et le développement rural, organisé par le FIDA dans le cadre de son Prix de l’innovation pour les jeunes ruraux avait pour objet de combler cette lacune et de donner une idée de la manière dont les jeunes ruraux d'Amérique latine et des Caraïbes se perçoivent.

Nous avons reçu des photographies saisissantes de douzaines de jeunes de toute la région – des photos qui décrivent des moments de labeur intense dans les champs, qui font prendre conscience de la beauté éclatante des paysages ruraux et qui expriment la fierté que les jeunes tirent de leurs activités agricoles.

Dix des meilleures photographies présentées par les participants ont été retenues et sont présentées dans le cadre de cet exposé. Ce dernier offre une rare occasion de regarder non seulement une série d’images de la magnifique région de l’Amérique latine et des Caraïbes, mais aussi de découvrir comment les jeunes ruraux perçoivent leur propre vie.

Commençons la visite de cet exposé photographique en abordant la région par son littoral.

La nuit tombe à La Barra, petite ville du département de Valle del Cauca, située sur la côte pacifique colombienne, lorsqu’un pêcheur, cane en main, part en canoë chercher les prises du jour dans les profondeurs de la forêt de palétuviers. Il est de plus en plus difficile de pêcher dans la région en raison des mesures prises pour développer le port de Buenaventura qui se trouve à proximité. L'écosystème avoisinant, notamment le parc national d'Urambu, est menacé par l'afflux constant de marchandises, de boues et de déchets. Cette photo a été prise, de la rive, par Juan Carlos Ordóñez Reyes.

De l'autre côté du continent sud-américain, dans l'État brésilien de Ceará, Caetanos de Cima est une collectivité de pêcheurs et d'agriculteurs traditionnels qui défendent leur territoire et la culture de la côte atlantique brésilienne. La pêche artisanale est l'une des deux principales sources de revenus pour la population. De nombreuses espèces de poissons sont malheureusement menacées d'extinction. Dans cette photo, prise par Graciele Sousa da Silva, les membres, jeunes et âgés, d'une famille de pêcheurs, poussent leur bateau dans la mer pour commencer une nouvelle journée de dur labeur.

Toujours dans l'État de Ceará; mais à l'intérieur des terres, se trouve la communauté de Coité Pedreiras, où Elionardo Oliveira a pris cette photo de João Paulo de Almeida, un entrepreneur rural de 31 ans qui contemple avec fierté son terrain. Ce dernier a toujours travaillé dans l'agriculture: il a commencé par aider ses parents à planter du maïs et des haricots, qui sont les cultures de base du nord-est brésilien. Il a toutefois toujours voulu sortir des cultures traditionnelles, et a donc entrepris de relever de nouveaux défis en diversifiant sa production. Il cultive actuellement des herbes, des légumes, notamment de la coriandre, de la ciboulette, des laitues et des carottes, qu’il vend aux autres membres de la collectivité et dans les villes voisines.

S’agissant de cultures, le café est l'une des plus populaires du continent. La famille Guerrero cultive le café depuis plus de 60 ans au Pérou. Elle produit du café par des méthodes durables dans le district de la Coipa, qui se trouve dans le département de Cajamarca. Elle espère que les deux fils, qui viennent juste de revenir à l'exploitation après avoir achevé leurs études universitaires, pourront hériter de ses terres fertiles. Cette photo, prise par Zein Alasman, montre comment le père et ses fils ont plus en commun que le sang qui coule dans leurs veines et le nom qu’ils portent: ils sont tous trois également convaincus que jeunesse et développement durable vont de pair.

La pomme de terre est, à l'évidence, une autre culture majeure en Amérique latine. Les experts en agronomie sont toujours en quête de nouvelles variétés plus productives et plus résilientes, comme le taro (Colocasia esculenta (L.) Schott). Ce tubercule, produit dans des conditions tropicales humides, prend racine à Bajo Calima, dans la région colombienne de Buenaventura avant d’être commercialisé dans tout le pays. Luz Helenga présente fièrement l'un d’entre eux, heureuse d'avoir contribué au développement de cet aliment nouveau. Cette photo, prise par Lilia Yoana Cuero Castro, montre comment les jeunes contribuent à l'innovation et au développement du secteur rural et agricole et, par conséquent, à l'économie de leur pays.

Le manioc est, avec la pomme de terre, probablement, le tubercule le plus populaire de la région. Cette photo a été prise au Brésil par Nicolas Eduardo Cabrera, à Vão de Almas. Cette communauté est l'une des 39 situées sur le territoire de Kalunga, le plus grand des quilombo (lieux d'implantation d'Africains américains qui, il y a des siècles, ont échappé à l'esclavage). La photo montre le jeune Alceni Torres occupé à secouer le manioc broyé pour le faire sécher. Cette scène idyllique est aujourd'hui menacée par un projet de barrage hydroélectrique qui forcera les habitants du village à quitter leurs terres. Les quilombolas se battent toutefois pour tenter d'arrêter le projet en misant sur une production écologique durable qui pourrait leur permettre de conserver leurs droits à leurs terres ancestrales.

Cette jeune femme souriante a été photographiée par Hazell Verónica Flores Dávila à Aguas Calientes, près de Somoto, dans le département de Madriz (Nicaragua). Elle fait partie d'un groupe de jeunes qui ont décidé de se consacrer à l'apiculture plutôt qu’à la culture traditionnelle de céréales qui décline depuis quelques années sous l’effet des changements climatiques. Les membres du groupe produisent non seulement du miel, mais aussi des produits comme la propolis, le pollen et la cire. Ils reboisent aussi leur village en plantant des arbres à fleurs où viennent butiner les abeilles.

Cette photo, prise par Michel Pamponet avec un simple téléphone portable, capture néanmoins un moment de grande beauté. La lumière du soleil couchant tombe sur une remorque remplie de déchets collectés par des jeunes de la communauté d’Acupe, dans la municipalité de Santo Amaro, qui se trouve dans l'État de Bahia (Brésil). La photo fait ressortir l'énergie et la force de ces jeunes ruraux qui, après une dure journée de travail, trouvent le moyen de nettoyer environ une aire de cinq kilomètres carrés dans la forêt de palétuviers. 

Costaleros est le nom que donnent les Mexicains à ceux qui portent des sacs de maïs. Ce travail pénible offre également des moments de joie, comme celui saisi dans cette photo d'Axel Arellano. Quelques secondes auparavant, le costalero à gauche sur la photo n'était pas parvenu à soulever le sac de 60 kilogrammes pour le mettre dans le camion, et le jeune homme se trouvant à côté de lui sur la photo s'était précipité pour l'aider. Cette scène a déclenché l'hilarité à San Pedro, ville de peuplement autochtone située dans la vallée.

À Ipueiras, municipalité de l'État de Ceará (Brésil), des membres du groupe Juventude Agrícola da Serra (Jeunes cultivateurs de la Sierra) ont été photographiés pendant qu’ils procédaient au traitement d'huile de noix de babassu pour produire des savons écologiques. Cette organisation de jeunes innovateurs travaille de concert avec un groupe de casseurs de noix de babassu; les deux groupes – qui reçoivent une aide du Projet Paulo Freire lui-même appuyé par le FIDA – collaborent pour dégager des revenus supplémentaires au profit de leur communauté au moyen des savons à base d'huile de babassu.

Toutes les photos présentées ici sont des témoignages de la vie des jeunes ruraux en Amérique latine et dans les Caraïbes. Ces jeunes témoins jouent tous aussi un rôle crucial aux divers stades de la production et de l'approvisionnement alimentaires. Les programmes du FIDA soutiennent les jeunes ruraux d'Amérique latine depuis plus de 40 ans, en s'efforçant d'accroître leurs revenus, leur productivité et leur résilience.

Cette année, le FIDA aura l'honneur de sélectionner dix initiatives novatrices poursuivies par des jeunes auxquels elle remettra le Prix de l'innovation pour les jeunes ruraux, dont ce concours photo sur les jeunes et le développement donne juste un avant-goût.