Une deuxième chance pour le thé sri-lankais

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Une deuxième chance pour le thé sri-lankais

©FIDA/G.M.B.Akash

J’ai grandi en sachant que le thé sri-lankais revêtait un caractère exceptionnel. Aux quatre coins de mon pays natal, l’Égypte, on rivalisait pour rapporter des paquets portant l’estampille "Thé de Ceylan", car ce symbole était la promesse d’une saveur et d’un arôme sans pareils. Une fois ce thé dans nos placards, il nous fallait le savourer, le boire seulement lors des grandes occasions et ne le servir qu’aux invités les plus importants. Aujourd’hui encore, mes amis et ma famille me demandent de leur rapporter de mes voyages ce thé sri-lankais d’exception.

Pendant des siècles, Sri Lanka s’est distingué comme l’un des principaux producteurs de thé au monde et a brillé tout particulièrement par la qualité de sa production. En 2013, Sri Lanka était le principal exportateur et le quatrième producteur de thé au monde, avec des recettes d’exportation de 1,5 milliard d’USD. Le secteur du thé a été pendant longtemps la principale source de devises à Sri Lanka, représenté jusqu’à 70% de l’ensemble des revenus tirés des exportations et formé la base des recettes publiques. Il constitue également l’une des plus importantes sources d’emploi dans les zones rurales du pays.

Cependant, aujourd’hui, le secteur du thé sri-lankais se heurte à plusieurs difficultés: la superficie des terres consacrées à la culture du thé est restée quasiment inchangée et a même diminué par endroits. La productivité est passée en dessous de la norme internationale, notamment en raison de la prédominance de vieux arbres dans les plantations (plus un arbre à thé est vieux, moins il produit). En temps normal, la solution consisterait à arracher les vieux arbres pour les remplacer par de nouvelles pousses, mais le rythme de replantation est très lent et les coûts de ce procédé demeurent élevés. Ce problème est aggravé par une pénurie évidente d’ouvriers disposés à travailler dans cette filière. Ainsi, la production de thé à Sri Lanka et la part de ce pays dans les exportations mondiales de thé ont considérablement diminué au cours des dernières années.

Je me suis rendu compte de ces difficultés dès que j’ai commencé à me rendre sur place dans le cadre de mes fonctions de directeur de pays. Le thé n’avait rien perdu de la qualité que je lui connaissais, mais les volumes de production étaient manifestement faibles. Un responsable gouvernemental m’a expliqué d’où venait le problème. D’après lui, le pays aspirait à reprendre sa place sur les marchés internationaux – en particulier sur le marché, tant convoité, du Moyen-Orient –, mais il n’arrivait pas à se hisser au niveau de ses concurrents, qui parvenaient à produire davantage de thé plus rapidement et à moindre coût. Pour redevenir compétitif, il fallait accroître la production de la filière du thé sri-lankaise, tout en préservant la qualité singulière du produit.

En 2017, le FIDA a lancé, en partenariat avec le Gouvernement sri-lankais, le Projet de relance des petites plantations de thé et de caoutchouc pour redresser la filière du thé dans le pays. Ce projet vise à favoriser l’adoption de techniques permettant de replanter des arbres à thé plus rapidement et plus efficacement sur 4 500 hectares de terres. En réunissant tous les acteurs de premier plan au niveau institutionnel, cette initiative met en commun les capacités de gestion de la Tea Small Holdings Development Authority, un organisme appuyé par les pouvoirs publics, les innovations issues de l’Institut de recherche sur le thé, ainsi que la détermination et le travail acharné de l’équipe du projet sur le terrain et des petits exploitants.

Toutefois, les progrès accomplis grâce au projet s’expliquent peut-être surtout par l’utilisation du système mondial de localisation (GPS). Par exemple, aux fins de la certification des terres et du versement des subventions essentielles au financement des démarches de modernisation, il convient de mesurer rapidement et précisément les superficies cultivées. Auparavant, ces mesures étaient prises manuellement. Ce travail nécessitait une main d’œuvre importante et il fallait fréquemment reprendre des mesures en raison d’inexactitudes. Depuis l’introduction du GPS, le temps nécessaire pour mesurer un hectare de plantations d’arbres à thé est passé d’une heure à seulement 15 ou 20 minutes. En outre, les erreurs sont bien moins fréquentes, ce qui accélère les procédures liées à la certification des terres et au versement des subventions.

Le GPS participe également à la préservation et même à l’amélioration de la qualité du thé. Il fournit des données précieuses pour l’analyse des changements climatiques, la modélisation des inondations, la mise en évidence de l’érosion des sols, la lutte contre les ravageurs et les maladies, et le suivi des progrès généraux en matière de plantation. Grâce à ces données, ainsi qu’à leurs propres mesures de la qualité du sol, les experts du Projet de relance des petites plantations de thé et de caoutchouc peuvent orienter plus précisément la replantation des arbres à thé.

Ces techniques contribuent à réduire le temps nécessaire à la replantation des arbres à thé, qui est passé de 30 mois à moins de 24 mois. Cette période est désormais suffisamment brève pour permettre au thé sri-lankais de redevenir compétitif.

Néanmoins, d’importants temps morts continuent de ponctuer les activités de replantation. Traditionnellement, pendant ces périodes, les producteurs de thé voient leur capacité de gagner des revenus fortement limitée. Face à cette situation, le projet offre de nouvelles possibilités de création de revenus, telles que la pratique des cultures intercalaires de grande valeur, comme la cannelle, le poivre noir, la vanille et les fruits de la passion. Par ailleurs, des pépinières d’arbres à thé sont mises sur pied, et les participants aux projets sont encouragés à louer leur matériel de récolte de thé pour obtenir des revenus supplémentaires. Quelque 4 000 jeunes Sri-lankais trouvent un emploi rémunérateur dans le cadre de ces deux initiatives.

Petit à petit, la filière du thé sri-lankaise avance, portée par les améliorations éprouvées et validées que l’équipe du projet contribue à mettre en œuvre. Même s’il reste encore beaucoup à faire, Sri Lanka est en bonne voie pour retrouver sa position de chef de file de la production de thé et pour refaire une place à son thé de qualité dans les placards des consommateurs du monde entier.

Découvrez l’action du FIDA à Sri Lanka.