Une gestion de la pêche dans une optique de durabilité et de résilience. Le cas de l’Angola

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Une gestion de la pêche dans une optique de durabilité et de résilience. Le cas de l’Angola

©FIDA/R. Ramasomanana

Le poisson constitue une source majeure de protéines animales pour 3,2 milliards de personnes environ dans le monde entier et représente aussi une source importante de micronutriments. Les secteurs de la pêche et de l’aquaculture contribuent totalement ou en partie aux moyens d’existence de 10 à 12% de la population mondiale. Cependant, la pêche est menacée dans le monde entier par les changements climatiques et la surexploitation.

Comment assurer au mieux la gestion de la pêche dans de telles conditions? La question est complexe mais, d’après notre expérience, l’intégration des collectivités dans des structures de gouvernance inclusives est une composante essentielle de la solution. Les pêcheurs artisanaux et les petits transformateurs qui composent ces collectivités sont parfaitement en phase avec les conditions locales. Ils sont à même de gérer de manière durable les ressources naturelles et restaurer les écosystèmes au sein desquels ils vivent et travaillent.

La mise en place d’un système local de gestion de la pêche présente de nombreuses difficultés. Néanmoins, grâce à un appui adéquat, les activités quotidiennes d’une collectivité peuvent devenir des occasions de renforcer la sécurité alimentaire, nutritionnelle et financière, et ce, au-delà de ses frontières. C’est le constat que nous avons établi en Angola dans le cadre de la mise en œuvre du Projet d’appui à la pêche artisanale et à l’aquaculture (AFAP).

Une gestion inclusive de la pêche: à l’assaut des lacs intérieurs de l’Angola

En Angola, où les deux tiers de la population vivent sous le seuil de pauvreté, le poisson est une composante essentielle d’une alimentation nutritive. Le secteur de la pêche constitue aussi une source de revenus essentielle pour les femmes, qui sont généralement chargées de la transformation et de la vente du poisson.

Les lacs autour du fleuve Kwanza abritent une part importante des ressources en poissons du pays. Malheureusement, ils subissent une surexploitation inquiétante. Nombreux sont les pêcheurs locaux qui utilisent des pratiques non durables, telles que l’emploi de filets à petit maillage capturant de jeunes poissons qui ne se sont pas encore reproduits. À long terme, ces pratiques sont responsables de la diminution des populations de poissons, ce qui se répercute sur les moyens d’existence locaux et les aliments disponibles pour les consommateurs urbains. Mais ce n’est pas tout: cette zone est en proie à la déforestation qui, conjuguée aux effets des changements climatiques, contribue à aggraver les inondations et l’érosion.

Pour relever ces défis, l’AFAP a aidé les pêcheurs locaux à s’organiser en comités. Certains groupes ont bénéficié d’une formation à la surveillance et à la collecte de données et démarré le suivi et l’enregistrement des captures. D’autres ont commencé à replanter des arbres autour des villages, et d’autres encore à lutter contre l’exploitation forestière et le déversement des déchets dans la zone des lacs. Dans le cadre du projet, des filets assurant une pêche durable ont été fournis en remplacement des filets à petit maillage.

Les stocks de poissons se rétablissent actuellement rapidement et l’ensemble des captures effectuées par les collectivités a augmenté pour atteindre environ 200 000 kilogrammes par mois, ce qui permet d’améliorer les moyens d’existence de 15 000 familles. Les pêcheurs participant au projet évitent maintenant de pêcher de jeunes poissons. Grâce aux arbres qui ont été plantés, les inondations et l’érosion sont mieux maîtrisées. De plus, en raison de la réduction des déchets, les voies d’eau sont moins engorgées. Ainsi, l’eau s’écoule maintenant sans problème dans les lacs lorsqu’il pleut.

Garantir les moyens d’existence et la nutrition

Nombreuses sont les collectivités africaines de pêcheurs qui sont fortement tributaires du poisson pour leur propre alimentation. Cependant, une grande partie de leurs captures est directement destinée à la vente et, à défaut de pouvoir accéder à d’autres aliments, elles tendent à connaître des taux élevés de malnutrition. De plus, l’absence d’infrastructures adéquates de conservation du poisson se traduit par la perte d’une large part de leur pêche. Le poisson disponible pour leur propre consommation est donc souvent de mauvaise qualité.

Face à ce problème, l’AFAP a mis à l’essai une initiative dans le domaine de la petite aquaculture, qui consiste à distribuer des kits aux ménages pour qu’ils puissent construire et peupler leurs propres bassins, et à organiser des formations sur la production écologiquement durable. La première récolte a atteint sans peine l’objectif de 550 kilogrammes de poisson par bassin. Une partie de la récolte était destinée à la consommation du foyer, tandis qu’environ 80% ont été vendus à un prix de marché honorable de 3,20 USD le kilo. Dans le même temps, les femmes participantes ont été en mesure d’améliorer leurs techniques de manipulation et de conservation du poisson. En conséquence, les pertes après récolte ont diminué.

Le projet a aussi encouragé les ménages à créer des jardins communautaires pour cultiver toute une variété de légumes nutritifs et à peupler certains bassins avec des poissons riches en nutriments spécialement destinés à la consommation de la collectivité. Ces bassins « nutritifs » rencontrent un vif succès, et leur adoption à grande échelle permettra aux ménages les plus pauvres d’assurer leur sécurité alimentaire.

Des solutions locales en faveur de la résilience et de l’adaptation

L’approche adoptée dans le cadre de l’AFAP s’est avérée un moyen écologiquement durable d’accroître l’approvisionnement en poissons et de diversifier les revenus tout en réduisant les pertes alimentaires, ce qui a permis aux ménages de consommer un poisson de meilleure qualité, et de cultiver et d’acheter d’autres aliments. Cette approche nous a aussi offert l’occasion de réfléchir sur les succès et les enseignements tirés.

Nous avons constaté que, dans les régions où les décisions sont habituellement prises par les pouvoirs publics, la compréhension et la mise en œuvre des pratiques de gestion par les collectivités locales nécessitent du temps et du travail. Pour réussir dans cette démarche, le franc soutien et la forte participation des chefs communautaires traditionnels sont par ailleurs indispensables.

Nous avons aussi pu mesurer l’étendue des difficultés que rencontrent les groupes communautaires. Par exemple, dans les zones reculées dépourvues d’infrastructures routières et de réseaux téléphoniques, les groupes communautaires ont eu du mal à se déplacer et à assurer le suivi des activités de pêche. De plus, certains problèmes environnementaux dans les plans d’eau étaient dus à des pratiques agricoles non durables et à la déforestation en amont, sur lesquelles ces groupes ont peu d’influence. L’AFAP a permis de surmonter un grand nombre de ces difficultés en impliquant les chefs traditionnels, en sensibilisant les collectivités et en fournissant des embarcations et des équipements de communication.

Au fur et à mesure que les collectivités découvriront les avantages que présente ce modèle, elles souhaiteront sans aucun doute apporter leur soutien total à la protection de leurs moyens d’existence face aux changements climatiques et à la dégradation de l'environnement. En ce qui concerne la durabilité à long terme, nous recommandons aussi que les pêcheurs s’acquittent d’un faible prélèvement sur leurs captures afin de couvrir les dépenses liées aux activités des groupes communautaires.

Globalement, ce projet, où pêcheurs et transformateurs ont joué un rôle majeur, démontre que les collectivités sont capables de s’adapter à l’évolution du climat et de protéger les ressources naturelles lorsqu’elles sont dotées des connaissances, des outils et des structures de gouvernance nécessaires à la gestion durable de la pêche.

 

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