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Verdir le Sahara: l'initiative Muraille verte pour le Sahara

14 janvier 2021
© Jyotsna Puri

Il y a plus de dix ans, en 2009, je me suis rendue par la route à Tombouctou, au Mali, pour une courte visite de terrain. Le voyage depuis Bamako, la capitale, nous a pris trois jours. L’harmattan soufflant depuis le Sahara recouvrait le paysage d’un manteau de poussière. Une chaleur étouffante irradiait de toutes les surfaces et la terre était complètement desséchée.

Le projet dans le cadre duquel j’intervenais consistait à offrir aux habitants des zones rurales des conseils techniques en matière d’agriculture, de santé, d’infrastructure et d’environnement pour les aider à sortir du cercle vicieux de la pauvreté. Alors que nous roulions sur les routes poussiéreuses, je me souviens m’être demandée comment on pourrait s’y prendre pour que cette zone aride et faiblement peuplée puisse accéder à une relative prospérité. 

L’initiative Grande Muraille verte avait était lancée quelques années auparavant, sous l’impulsion de deux hauts dirigeants africains. À l’époque, l’idée était de créer un couloir végétal de plus de 8 000 kilomètres de long, de Djibouti au Sénégal, pour édifier un "mur" de verdure vivant et remédier à l’absence notoire de liaison entre l’Afrique de l’Est et l’Afrique de l’Ouest. Toutefois, au moment de mon voyage, l’initiative n’en était qu’à ses débuts et les effets de cet ambitieux effort de transformation n’étaient pas encore visibles.

Par la suite, j’ai changé de poste, mais ce paysage aride et ses habitants résilients sont restés gravés dans ma mémoire.

Aujourd’hui, en 2021, l’initiative Grande Muraille verte existe toujours, mais elle a connu de nombreuses évolutions, tant en envergure qu’en ambition, en parallèle des nombreux changements politiques et économiques que le continent a connus au fil des années. 

À l’heure actuelle, l’initiative vise à redynamiser les zones rurales par différents leviers. Elle intègre des mesures destinées à ralentir ou à atténuer les effets des changements climatiques, de la perte de biodiversité, de la désertification et de la dégradation des terres, ainsi que des plans de création d’emplois verts, afin de faire des centres ruraux des piliers de la croissance, au même titre que les centres urbains. L’objectif de l’initiative a été revu à la hausse et consiste désormais à régénérer 100 millions d’hectares de terres dégradées et à créer 10 millions d’emplois en cinq ans.

L’appui apporté à l’initiative a également évolué. Récemment, le Gouvernement français, le Fonds vert pour le climat (FVC), le FIDA et le secrétariat de la Convention des Nations Unies sur la lutte contre la désertification ont mis en place une ambitieuse structure de soutien. Les équipes de l’initiative prévoient de collaborer avec les autorités nationales des pays participants afin de mettre au point des approches porteuses de transformation en tenant compte des priorités de chacun. Les activités de restauration menées au titre de l’initiative pourront ainsi être harmonisées avec les mesures prises au niveau national pour stimuler la production agricole, aider les petits exploitants agricoles à trouver des débouchés pour leur production, et améliorer la nutrition et la sécurité alimentaire.

Quels seront les rôles du FVC et du FIDA? 

L’initiative Grande Muraille verte est un projet ambitieux, de grande envergure, qui nécessitera un important appui financier. Pour répondre aux besoins des 11 pays participants, l’objectif est de mobiliser entre 3 et 4,5 milliards d’USD chaque année.

En coordination avec le FVC, le FIDA dirigera l’exécution du programme-cadre de l’initiative Grande Muraille verte, qui contribuera à dynamiser, à encadrer et à concrétiser les projets du FVC et les investissements destinés à constituer des ressources forestières, à renforcer les pratiques agropastorales et à garantir l’approvisionnement en eau et l’accès aux marchés locaux, tout en luttant contre l’insécurité politique.

L’Initiative pour la finance verte inclusive (IGREENFIN) est l’un des projets exécutés au titre du programme-cadre de la Grande Muraille verte. Cette initiative a pour objectif de faciliter l’accès au crédit pour réaliser des investissements agricoles verts. Elle aidera les banques publiques locales de développement à établir des lignes de crédit et à aligner leurs portefeuilles de placements et leurs systèmes de gouvernance sur les contributions déterminées au niveau national des pays participants, afin de les aider à atteindre les cibles définies dans l’Accord de Paris et les objectifs de développement durable. 

Un autre projet, plus modeste, illustre déjà le fort potentiel de la nouvelle approche de l’initiative Grande Muraille verte. Mené au Niger, ce projet vise à aider les petits exploitants agricoles à renforcer leur résilience face aux effets néfastes des changements climatiques en mobilisant différents acteurs, notamment des organisations paysannes et des coopératives agricoles locales, des organisations de femmes et de jeunes, des microentreprises, des petites et moyennes entreprises et des institutions financières. Il permettra également de promouvoir l’adoption de systèmes solaires (petits réseaux, dispositifs autonomes et kits, par exemple) afin de réduire les émissions de gaz à effet de serre causées par la production d’énergie liée aux pratiques agricoles.

L’initiative Grande Muraille verte, soutenue par de nombreux pays d’Afrique et d’ailleurs, a suscité un vif intérêt lors du One Planet Summit, organisé en début de semaine. Compte tenu de l’appui renouvelé à l’initiative et à ses ambitieux objectifs, nous pouvons espérer que les paysages arides et désolés que j’ai observés il y a plus de dix ans appartiendront bientôt au passé.