L’importance du développement agraire en Inde

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L’importance du développement agraire en Inde

L’agriculture – la sève de l’humanité

©FIDA/Susan Beccio

Notre monde continue de s'urbaniser à une cadence alarmante – le cabinet PricewaterhouseCoopers estimant qu'environ 1,5 million d’individus viennent grossir chaque semaine les rangs de la population métropolitaine mondiale –, mais les activités agricoles n’en resteront pas moins toujours nécessaires.

Et ce n’est pas une mauvaise chose. Outre le simple fait que les gens doivent manger, l'agriculture remplit une fonction essentielle dans les économies et les sociétés d’innombrables pays partout dans le monde: lutte contre les changements climatiques, création d’emplois, soutien des communautés, développement de l'agrotourisme, réduction de la faim ou renforcement de la sécurité alimentaire.

Et c’est sans doute dans le deuxième pays le plus peuplé d’Asie que ce rôle est le plus prononcé.

"L’agriculture a toujours été essentielle en Inde", explique Gilbert Houngbo, Président du Fonds international de développement agricole (FIDA) et ancien Premier Ministre de la République du Togo.

"Malgré la croissance urbaine galopante, près des deux tiers des habitants continuent de résider dans des régions reculées et de vivre de l’agriculture. C’est ce qui explique en grande partie le bond spectaculaire de la production nationale observé ces 50 dernières années.

"La production de céréales alimentaires est passée de 51 millions de tonnes en 1950-1951 à 283 millions de tonnes en 2018-2019. En conséquence, l’Inde qui était dépendante de l’aide alimentaire est devenue un pays exportateur net de sa propre production."

Ces chiffres sont incontestablement impressionnants. Il ne faut pas en conclure pour autant que tous les problèmes sont réglés dans le secteur.

L’Inde a certes dégagé un excédent commercial de 14,6 milliards d'USD en 2018 grâce aux produits de l’agriculture, de la pêche et de la foresterie, mais les autorités locales doivent continuer à réaliser régulièrement des investissements massifs dans les réformes agraires et à se préoccuper du bien-être des agriculteurs.

En parallèle, il devient de plus en plus urgent de rendre l'agriculture plus rémunératrice et attractive pour les jeunes, de concilier les impératifs de productivité et les préoccupations environnementales croissantes, et de dépasser la notion de sécurité alimentaire pour aborder celle de sécurité nutritionnelle.

Les contraintes sont aussi importantes que les avantages. Et c’est là que le FIDA, une institution financière internationale doublée d’un organisme spécialisé des Nations Unies, entre en jeu.

"Depuis 1979, le FIDA a investi 1,1 milliard d'USD pour financer 30 projets et atteindre ainsi 5,18 millions de ménages ruraux", indique Gilbert F. Houngbo.

"Nous nous efforçons de renforcer les capacités des agriculteurs et de les aider à profiter des nouveaux débouchés commerciaux dans l’objectif de doubler leurs revenus. Un grand nombre des projets que nous finançons encouragent l’établissement de partenariats novateurs entre les agriculteurs et les entreprises privées dans le cadre de diverses activités, telles que le développement de l'élevage ou de la pêche, la promotion d’entreprises dirigées par des femmes, l’introduction de technologies agricoles ou l’appui à une transition générale entre l’agriculture de subsistance et l’agriculture axée sur le marché et résiliente face aux aléas climatiques."

Lutter contre les changements climatiques

Cette question est particulièrement complexe et pleine d’imprévus à l’heure actuelle.

On ne peut ignorer les manifestations concrètes de plus en plus marquées des changements climatiques, et les terribles incendies qui ont dévasté plus de 10 millions d’hectares en Australie en début d’année ne sont qu’une des nombreuses conséquences de phénomènes météorologiques toujours plus destructeurs.

En Inde aussi, les agriculteurs sont aux prises avec les effets du réchauffement mondial, et la diversité géologique du pays ne fait que compliquer la tâche. Mais, témoignage des efforts déployés par le FIDA et d’autres acteurs, des investissements décisifs et de nouvelles technologies portent aujourd’hui leurs fruits dans ce combat.

"Lors de ma récente visite en Inde, j’ai été impressionné par le projet national relatif aux innovations en matière d’agriculture résiliente face aux aléas climatiques (National Innovations in Climate Resilient Agriculture), lancé par le Conseil indien de la recherche agricole", confie Gilbert F. Houngbo.

"Ce projet consiste à mener une analyse dans certains villages puis, grâce à la recherche et aux technologies, d’anticiper et de cartographier les types et les niveaux de risque des phénomènes liés aux changements climatiques. Ces informations sont ensuite utilisées pour renforcer la résilience des agriculteurs face à la variabilité climatique et aux phénomènes météorologiques extrêmes, grâce à l’offre d’un éventail de pratiques et de technologies intelligentes face aux aléas climatiques, ainsi que d’une assistance sur le terrain."

Et que fait le FIDA ?

Après avoir mené à bien tous les types d’interventions, depuis des programmes d’émancipation des femmes jusqu’aux projets de crédit rural en passant par l’aide au développement dans les communautés indiennes de l’Himalaya, l’organisation conduit actuellement sept projets qui comprennent aussi des initiatives relatives à la lutte contre les changements climatiques.

Le premier d’entre eux est le Projet d'encouragement aux systèmes d'exploitation agricole résilients aux changements climatiques dans les hautes terres du Nord-Est (États du Mizoram et du Nagaland).

Ici, les agriculteurs locaux emploient un système de culture baptisé ‘jhum’, qui s’avère de moins en moins viable vu l’augmentation de la population, la baisse de la fertilité des sols, l’érosion des couches arables et la modification des régimes climatiques.

Dans le but de surmonter tous ces problèmes, le FIDA et ses partenaires de financement ont mobilisé 168,5 millions d’USD pour mettre à la disposition des agriculteurs des méthodes de culture jhum plus productives et plus durables, aider ces communautés à adopter d’autres systèmes de production et améliorer l’accès au marché ainsi que le développement des filières. Quelque 201 500 ménages en ont directement bénéficié.

Le Projet d'atténuation des effets de la sécheresse dans l'État de l'Andhra Pradesh est tout aussi prometteur.

Les petits exploitants agricoles de la région du Rayalseema et de la zone de Prakasam, dans l'Andhra Pradesh, sont vulnérables face à la sécheresse et à l'épuisement des ressources en eaux souterraines, dans un contexte de variabilité climatique.

Encore une fois, le FIDA permet aux populations locales de mieux se préparer à de telles éventualités et, à cet effet, il a affecté 148,4 millions d’USD pour aider les agriculteurs à réorienter leur production en se tournant vers des variétés moins gourmandes en eau et plus tolérantes à la sécheresse et des systèmes de culture plus diversifiés et plus rentables.

 

Résister et s’adapter

Souvent, c’est la nature ciblée et sur mesure des projets qui permet d’emporter l’adhésion de la population locale, car le FIDA s’emploie à adapter ses projets à celles et à ceux qui ont le plus besoin de son aide. Et si cette adhésion est déterminante s’agissant d’assurer la longévité et la viabilité de chaque investissement, la logique qui préside à cette stratégie est tout aussi avisée.

"Avec une population de 1,35 milliard d’habitants et un taux de croissance démographique d’environ 1,2% par an, l’Inde est en passe de devenir le pays le plus peuplé au monde à l’horizon 2028", ajoute Gilbert F. Houngbo.

"Dans la mesure où, en Inde, près de la moitié de la population adulte travaille dans l’agriculture et les secteurs d’activité connexes, l’amélioration de la vie des populations rurales est un maillon essentiel de la réalisation des objectifs de développement durable, en particulier le premier (pas de pauvreté) et le deuxième (faim zéro)."

"Le développement agricole est l’un des outils les plus puissants dont nous disposons pour mettre fin à la pauvreté extrême et à la sous-alimentation chronique. Il est établi que la croissance résultant de l’agriculture contribue à faire reculer la pauvreté plus efficacement que la croissance résultant de tout autre secteur."

D’ailleurs, réaffirmant l’importance capitale de l’action considérable menée par le FIDA, la Banque mondiale laisse entendre que dans la plupart des cas cet impact est souvent deux fois, voire trois fois, plus important.

"Cela étant dit, il est bon de rappeler que le développement de perspectives économiques tant dans le secteur agricole que dans le secteur non agricole est essentiel si l’on veut transformer les régions rurales et ne laisser personne de côté", déclare Gilbert F. Houngbo avant d’évoquer l’avenir.

"Nous avons bon espoir d’impulser un réel changement en autonomisant les zones rurales, en reliant les villages ruraux aux marchés, en aidant les femmes et les hommes des zones rurales à accéder à la technologie, à la formation et aux services financiers, et en promouvant une agriculture durable et résiliente face aux aléas climatiques."

"La mission du FIDA ne changera pas. Mais dans un contexte où les aspirations des ruraux pauvres évoluent et où le monde de l’aide au développement se transforme face aux demandes concurrentes émanant du monde entier, nous n’avons d’autre choix que de nous adapter."

"C’est pourquoi nous nous efforçons actuellement de trouver des solutions de plus vaste portée, plus efficaces et plus rapides pour éliminer la faim et la pauvreté."

 

En savoir plus sur l’action du FIDA en Inde

Cet article a été publié initialement dans le magazine Asia Outlook