Pour atteindre les objectifs de développement durable, commençons par transformer notre manière de nourrir le monde

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Pour atteindre les objectifs de développement durable, commençons par transformer notre manière de nourrir le monde

©FIDA/ Bernard Kalu

Après une longue période de diminution, la faim a augmenté partout dans le monde et s’est accélérée pendant la pandémie de COVID‑19.

En 2020, 811 millions de personnes ont en effet souffert de la faim, ce qui représente une personne sur dix. Une alimentation saine demeurait hors de portée de trois milliards de personnes. Cela représente près de la moitié de la population mondiale. Ces chiffres alarmants rappellent avec force qu’une transformation radicale de nos systèmes alimentaires s’impose si nous voulons atteindre l’engagement mondial en faveur de l’objectif de développement durable no 2, à savoir éliminer la faim et la malnutrition, sous toutes leurs formes, d’ici à 2030.

Cette année, la Journée mondiale de l’alimentation se déroule pour la seconde fois dans des conditions difficiles dues à la pandémie. « Agir pour l’avenir » en est le thème. Il est temps de se demander quelles sont les mesures à prendre pour construire un avenir meilleur, à même de favoriser une production alimentaire durable et efficace et qui assure une nutrition saine à tout un chacun, et ce, dans le respect de l’environnement. Comment pouvons-nous transformer les systèmes alimentaires de telle sorte que chacun, partout dans le monde, en particulier les habitants des zones rurales qui produisent la majeure partie de notre nourriture, gagne décemment sa vie?

Une chose est sûre: si nos systèmes alimentaires demeurent tels qu’ils sont actuellement, nous ne serons pas en mesure de concrétiser cette ambition ni d’atteindre l’objectif de développement durable no 2.

Difficultés afférentes aux systèmes alimentaires

Dans son Rapport sur le développement durable, le FIDA passe en revue les obstacles qui entravent la transformation des systèmes alimentaires mondiaux en faveur de l’équité en matière de nutrition, de la protection de l’environnement et de la prospérité rurale. Il souligne que les trois composantes sont très étroitement liées.

La forte augmentation de la production alimentaire, en quantité et en valeur calorique, depuis les révolutions vertes des années 1960 s’est accompagnée d’une dégradation de l’environnement. Au niveau mondial, les systèmes alimentaires sont responsables de 37% des émissions de gaz à effet de serre.

L’accent mis depuis longtemps sur un nombre suffisant de calories au détriment d’une alimentation équilibrée a contribué au triple fardeau de la nutrition: les sociétés luttent à la fois contre la dénutrition, la suralimentation et les carences en micronutriments.

Près de 3,4 milliards de personnes habitent dans les zones rurales des pays en développement où les petits exploitants assurent de 60 à 80% de la production alimentaire. Ces personnes vivent pour la plupart dans une pauvreté extrême ou modérée. En l’absence de moyens d’existence adéquats en milieu rural, leur situation de pauvreté et d’insécurité alimentaire risque de s’aggraver.

Les trois enjeux de la transformation des systèmes alimentaires sont étroitement liés aux questions relatives à la concurrence inégale sur les marchés alimentaires, à la dépendance envers les revenus alimentaires ainsi qu’aux pertes et au gaspillage de nourriture.

À la recherche de solutions

Pour transformer les systèmes alimentaires, il faut améliorer la productivité des petits exploitants à l’échelle mondiale et passer à la diversification de la production agricole en adoptant une agriculture fondée sur la nature et les connaissances: l’agroécologie, alliée à une intensification durable, et l’utilisation des technologies pour faire des choix éclairés.

Le développement de petites et moyennes entreprises du secteur intermédiaire, entre exploitants agricoles et consommateurs, peut favoriser l’inclusion par l’emploi, la diversification des moyens d’existence et la hausse des revenus. Il est possible de moderniser l’ensemble des processus de la filière afin d’améliorer son efficacité et sa rentabilité ainsi que les mesures mises en place qui intègrent les principes d’investissement et pratiques de travail responsables, l’égalité femmes-hommes, l’environnement et le climat. De plus, il est primordial de créer des opportunités pour les petits entrepreneurs et les entreprises de petite taille, d’éviter toute concentration du pouvoir et de la propriété, et de trouver des moyens d’accéder aux financements, au renforcement des compétences et aux aides prévues pour les entreprises en faveur de l’entrepreneuriat.

Enfin, la protection sociale constitue une composante fondamentale pour les personnes disposant de peu de ressources. Grâce à une approche multiplicatrice et porteuse de transformation, il est possible de stimuler la demande d’aliments sains parallèlement aux programmes de filets de protection sociale et aux transferts monétaires qui créent du pouvoir d’achat.

Il faut instaurer une économie à faible émission, assortie de stratégies intégrées et globales visant à surmonter les contraintes politiques, réglementaires et financières, stimuler l’innovation dans l’ensemble des systèmes alimentaires et favoriser le changement des comportements chez les consommateurs.

Une approche globale, approuvée et mise en œuvre par les parties prenantes privées et publiques, peut être profitable à tous, à commencer par les petits producteurs. Pour ce faire, une augmentation des investissements dans les infrastructures rurales et l’innovation, l’amélioration de la gouvernance alimentaire, le renforcement des capacités et la mise en place d’un ambitieux programme de réforme, qui couvre les coûts cachés des systèmes alimentaires actuels en matière d’environnement, de santé et de pauvreté sont nécessaires.

Évaluer les effets et non la performance

Ce que l’on appelle la « transformation des systèmes alimentaires » comprend des ensembles de projets d’investissement dont la conception, le financement et la mise en œuvre sont assurés par les autorités nationales, les donateurs et les partenaires de développement. Ces ensembles incluent les intrants et la production, le transport, les secteurs de la transformation et la fabrication, la vente au détail et la consommation des aliments. Ils s’appliquent avant tout à un contexte précis: ce qui fonctionne dans un pays, une société ou un lieu géographique ne marche pas forcément ailleurs.

En utilisant des indicateurs communs pour les objectifs de développement durable et les systèmes alimentaires, il est possible d’établir des liens de cause à effet entre les résultats des projets et les objectifs atteints. Concrètement, cela implique de passer de l’évaluation de la performance, en s’appuyant sur des données de suivi et d’évaluation, à l’évaluation de l’impact, grâce à des données collectées au moyen d’une conception expérimentale ou quasi-expérimentale.

Un monde libéré de la faim

À l’occasion de la Journée mondiale de l’alimentation, il est temps de réfléchir aux mesures à prendre maintenant afin de créer des systèmes alimentaires durables et diversifiés pour l’avenir et d’atteindre l’objectif de développement durable no 2.

Pour nourrir la population mondiale croissante, la production alimentaire doit augmenter de 20 à 30% d’ici à 2050 et fournir les nutriments nécessaires à une bonne santé et au bien-être. Il est fondamental d’atteindre cet objectif sans provoquer une dégradation de l’environnement ni une perte de la biodiversité. Et les petits producteurs qui vivent au sein de collectivités rurales dynamiques et productives sont des alliés indispensables pour relever ce défi.